Valérie Tong Cuong : « Pardonnable, Impardonnable »

valérie tong cuong pardonnable, impardonnable

Présentation de l'éditeur : 
Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

Une famille et ses secrets qui explosent en domino suite à un accident de vélo. Les mots tuent. Les mots dits. Un roman choral aux personnages attachants, luttant contre leurs propres démons. L’amour peut il renaître du pardon? C’est là, tout le coeur de ce roman tendre et féroce, dans la lignée des précédents opus de Valérie Tong Cuong.

« Cet accident n’avait pas fait qu’un seul blessé : nous étions tous atteints, jusque dans nos chairs, et nos blessures se creusaient chaque jour un peu plus. »

Valérie Tong Cuong, Pardonnable, Impardonnable , Editions JC Lattès, janvier 2015, 300 pages, 19 euros

Publicités

Jean-Philippe Blondel : « Un hiver à Paris »

jean philippe blondel un hiver à paris

Présentation de l'éditeur :
 Jeune provincial, le narrateur débarque à la capitale pour faire ses années de classe préparatoire. Il va découvrir une solitude nouvelle et un univers où la compétition est impitoyable. Un jour, un élève moins résistant que lui craque en plein cours, sort en insultant le prof et enjambe la balustrade.
 On retrouve dans Un hiver à Paris tout ce qui fait le charme des romans de Jean-Philippe Blondel : la complexité des relations ; un effondrement, suivi d’une remontée mais à quel prix ; l’attirance pour la mort et pour la vie ; la confusion des sentiments ; le succès gagné sur un malentendu ; le plaisir derrière la douleur ; l’amertume derrière la joie.
 Sont présents les trois lieux qui guident la vie de l’auteur : Troyes, Paris, les Landes. Dans la lignée de Et rester vivant, il y a chez le personnage-auteur-narrateur la même rage pure, la même sauvagerie - pour rester toujours debout sous des allures presque dilettantes.

« (…) et puis, c’est bien, les livres, quand on a un littéraire dans la famille, non ?
-Tu as honte d’eux ?
La phrase a claqué dans l’appartement désert. J’ai détourné les yeux.
-Pas quand je rentre chez moi. Mais quand je suis ici, oui. Pendant les cours, oui. Je pense à tout ce qu’ils ignorent. A tout ce qui nous sépare, désormais. Je…je n’ai pas du tout anticipé en choisissant mes études. Je n’ai pas mesuré le fossé qui allait se creuser. Parfois, je ne sais plus où j’en suis. Je ne sais même plus ce dont j’ai envie. »

« Un hiver à Paris » c’est l’histoire de deux solitudes, deux jeunes provinciaux en classe préparatoire. L’un choisit l’impact sur le béton de la cour prestigieuse d’une de ces écoles parisiennes, l’autre ne choisit pas et se retrouve entrainé dans un tourbillon et un maelstrom de sentiments contradictoires. Et si la disparition d’un « ami » pouvait changer le regard des autres sur soi? Jean-Philippe Blondel va bien plus loin et questionne le deuil, l’absence, la reconstruction et le champs infini des possibles… Avec pudeur et tendresse, l’auteur brosse un portrait tout en profondeur de ce jeune provincial, au coeur d’un jeu de séduction, de pouvoir qui frise le malsain sans pour autant en faire un monstre, mais plutôt un être vulnérable et attachant.

« Je commençai à comprendre que, plus tard, j’aimerais enseigner moi-aussi. Transmettre. Pas seulement des savoirs, mais aussi un décryptage du monde et des codes sociaux et culturels qui permettent de s’adapter ou de s’intégrer à n’importe quel groupe préexistant. »

Jean-Philippe Blondel, Un hiver à Paris, Buchet Chastel, Janvier 2015, 272 pages, 15 euros

Rencontre avec Maylis de Kerangal à la médiathèque de la Robertsau

Mardi 24 mars, jour tant attendu depuis l’invitation lancée au salon du livre de Paris en mars 2014.

Née en 1967, Maylis de Kerangal a été éditrice pour les Éditions du Baron perché et a longtemps travaillé avec Pierre Marchand aux Guides Gallimard puis à la jeunesse.
Elle est l’auteur de quatre romans aux Éditions Verticales, Je marche sous un ciel de traîne (2000), La vie voyageuse (2003), Corniche Kennedy (2008) et Naissance d’un pont (2010) ainsi que d’un recueil de nouvelles, Ni fleurs ni couronnes (2006) et d’une novella, Tangente vers l’est (2012).
Elle vient nous présenter son 8e roman Réparer les vivants paru en janvier 2014 chez Verticales, qui a reçu 10 prix dont le Grand prix RTL-Lire 2014, le Roman des étudiants-France Culture-Télérama 2014, et le Prix Orange du Livre 2014

La salle est prête. Après la création de l’espace de rencontre, par un déménagement conséquent de meubles, tables, et chaises, la médiathèque ouvre, comme à son habitude, à 10h. Très vite, les lecteurs nous questionnent sur l’évènement du soir.

médiathèque Robertsau Strasbourg

Vers 16h, les régisseurs des médiathèques viennent mettre en lumière l’espace et nous posent les micros, indispensables pour que la voix de l’auteur parvienne jusqu’au dernier rang.

Maylis de Kerangal est une auteure généreuse et abordable, d’une simplicité désarmante.
Un peu avant 18h, je me rends à la gare de Strasbourg pour l’accueillir. Le contact est immédiatement chaleureux et ma petite appréhension disparait dans son sourire. Le trajet qui nous conduit à la médiathèque me permet de lui présenter notre médiathèque, le quartier de la Robertsau, la ville de Strasbourg. Un appel  rapide est passé à ses fils pour donner les instructions du soir avant le retour de leur père, Maylis a la voix douce. Arrivée à la médiathèque, elle découvre la vitrine qui annonce sa venue et salue son originalité.

médiatheque Robertsau

Après un réglage des micros et des projecteurs, nous montons pour un café (pour elle) et un verre d’eau (pour moi). Cake aux cranberries, chocolat noir sont les douceurs sur lesquelles nous comptons pour tenir pendant l’entretien. Maylis signe les romans de la médiathèque de bonne grâce et l’heure approche tout doucement.
Nous sommes « complet » et même plus que complet. Il nous est très désagréable de devoir refuser du monde. C’est la première fois depuis 2009.

Nous descendons comme prévu sur les dernières notes de « La nuit je mens » de Bashung que Maylis cite dans son livre. L’entretien débute à 19h10.

« Écrire c’est se mettre en empathie avec le monde, pouvoir ensuite le toucher. »

L’auteur de « Réparer les vivants » explicite son travail d’écrivain, sa manière d’écrire, de rallier un point A à un point B dans la construction de ses romans. Elle écrit en ayant toujours connaissance de la fin. Son ambition était de raconter la migration d’un cœur, du corps de Simon Limbres dans celui de Claire Méjan.

« Le roman pose la question de la vie mais pas celui du réel. »

Maylis de Kerangal

La ponctuation est un espace de liberté pour Maylis de Kérangal, c’est là que l’auteur s’exprime le plus.

« On peut tout corriger dans un texte mais pas la ponctuation, c’est comme toucher au souffle de la personne. »

Elle lit le premier chapitre de son roman, qui n’est qu’une seule phrase. C’est la première qu’elle ait écrite de ce roman. Une phrase programme, une phrase qui pose les choses.

Maylis de Kerangal

Après avoir répondu à plusieurs questions lors de l’entretien, la parole est donnée aux lecteurs présents et trois questions pertinentes sont posées, dont l’une concernant son impression de mère face au décès d’un fils, elle y répond de cette manière :

« Quand j’écris je m’arrache de ma vie. J’écris pour ne plus être moi. « 

Maylis de Kerangal & Bénédicte Junger

A noter que « Corniche Kennedy » et « Réparer les vivants » seront adaptés au cinéma.

La soirée se poursuit par une séance de dédicace et un petit pot, où les discussions vont bon train et où d’innombrables sourires illuminent le visage des présents.

médiathèque robertsau

Maylis de Kerangal

 La soirée s’achève, il est 22h. Quelle belle rencontre!

Nous partons dîner dans une institution strasbourgeoise et achevons cette incroyable journée par un dessert et trois fourchettes. La simplicité, vous ai-je dit…

profiteroles

Vincent Almendros : « Un été »

Viencent Almendros un ete

Présentation de l'éditeur:
 Jean, mon frère, venait d’acheter un voilier et m’invitait à passer quelques jours en mer. Je n’étais pas certain que ce soit une bonne idée que nous partions en vacances ensemble.
 Quand je dis « nous », je ne pensais pas à Jean.
 Je pensais à Jeanne.
 À Jeanne et moi.

« Pour nous distraire, Jeanne nous invita à regarder le Vésuve au loin. Le volcan ressemblait à un volumineux nuage de brume. Mon regard glissa sur la côte, embrassant d’un coup toute la baie ouverte sur le large. Ce n’était pas seulement de Naples dont nous nous éloignions, mais de la terre elle-même, ferme et rassurante. »

Vincent Almendros publie son deuxième roman « Un été » dans le sillage du premier « Ma chère Lise » qui donnait à entendre une version moderne de « Lolita » de Nabokov.
Ici, dans un huis clos marin, Pierre et Jeanne, curieux doubles, s’aiment envers et contre tous, contre vents et marées et malgré les liens du sang. Deux couples, plusieurs possibilités, et tous les silences entre les blancs des mots, dans l’absence dans l’immensité bleue. On y découvre Jean, qui a vieilli depuis les derniers souvenirs de son frère Patrick (le narrateur). Jean est marié à  Jeanne, belle et instable en totale opposition à  Lone, blonde, introvertie, étrangère au mouvement, aux enjeux souterrains, qui comme un fait exprès, va faire une conjonctivite. Mais que ne veut elle pas voir? Patrick, le quatrième personnage et narrateur du roman est paumé, tiraillé entre désir du passé et résolution nouvelle, coincé dans un temps sans fin, dans ce huis clos, où l’océan le rend malade… d’amour?  Un court roman poétique mais dense.

« Je sentais sous mes doigts le contact de ses grains de beauté. Je m’y réhabituais, lentement, comme un aveugle lit le braille. »

Vincent Almendros, Un été, Editions de Minuit, 2015, 96 pages, 11.50 euros

 

Léonor De Récondo : « Amours »

leonor de récondo amours




Présentation de l'éditeur :
Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
 Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
 Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
 Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

 « Ils se tiennent tous les trois, les corps battants, les cœurs à l’arrêt, s’engouffrant sans hésitation dans ce monde glissant, fiévreux, exaltant, de l’amour. »

Léonor de Récondo a deux passions, le violon (qu’elle exécute de manière virtuose depuis l’âge de 5 ans) et l’écriture. « Amours » est le 4e roman de cette jeune auteur.

« Huguette, saisie par la beauté de cette musique, reste sur le pas de la porte avec son plateau. Elle écoute et, surtout, elle remarque la gravité du visage de Victoire, complètement absorbée par la délicatesse avec laquelle les notes sortent de ses mains. Poser doucement la pulpe de ses doigts sur la touche, appuyer juste ce qu’il faut pour en avoir l’âme blessée. »

Début du 20e siècle, une maison bourgeoise devient le théâtre de la passion et de secrets bien gardés. A travers deux portraits de femmes très réussis, Léonor de Récondo capte la tension ce huis clos, qu’elle restitue dans chaque mots, chaque phrases avec un rythme enlevé et musical. Un roman qui punaise les inégalités sociales et sociétales du siècle passé pour un vrai plaisir de lecture.
Un roman sur l’émancipation féminine servi par une jolie plume classique.

Léonor de Récondo, Amours, Sabine Wespieser, Janvier 2015, 280 pages, 21 euros

David Foenkinos : « Charlotte »

david foenkinos charlotte

Présentation de l'éditeur : 
"Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie." Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche."

David Foenkinos à l’aube de ses 40 ans publie un roman très différent de ses précédents à succès. Un roman : plus mûr, plus grand, plus universel. C’est un long chant d’amour, un cri.
Hymne à la tendresse, à la lutte contre le désespoir et pour la vie envers et contre le noir d’une bien triste période de l’histoire. Narration maîtrisée, ronde et incisive, comme autant de coups de pinceau pour révéler un tableau saisissant de sincérité.
A la manière d’un long poème en prose et un peu comme « L’Enéide », ce roman dans sa forme ouvre à un nouveau mode de lecture. Des respirations s’installent souvent dans la narration et favorisent l’appropriation du destin tragique de Charlotte Salomon.

« Le sentiment d’avoir enfin trouvé ce que je cherchais.
Le dénouement inattendu de mes attirances.
Mes errances m’avaient conduit au bon endroit.
Je le sus dès l’instant où je découvris -Vie ? ou Théâtre ?
Tout ce que j’aimais.
Tout ce qui me troublait depuis des années.
Warburg et la peinture.
Les écrivains allemands.
La musique et la fantaisie.
Le désespoir et la folie.
Tout était là.
Dans un éclat de couleurs vives.
La connivence immédiate avec quelqu’un.
La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu.
J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte.
Je connaissais ce que je découvrais »

David Foenkinos, Charlotte, Gallimard, août 2014, 220 pages, 18.50 euros