Fanny Mentré : « Journal d’une inconnue »

Fanny Mentré Journal d'une inconnue

Présentation de l'éditeur : "C’est vrai : sa mère est morte, son couple bat de l’aile, son chef de service est un crétin et sa fille l’insupporte…
C’est vrai, mais est-ce une raison pour penser soudain que tout est faux ?
Est-ce une raison pour s’enfermer dans la buanderie, avec une vraie poule, une licorne tracée au Bic qui ronge le mur, à la lueur d’une lune toujours pleine, constante et artificielle ?
Qu’est-ce qu’elle imagine en écrivant ce qu’elle appelle son Journal ?
Qu’elle va changer sa vie ? Le monde ?
Allez, tout ça n’est pas si grave, au fond, la vie offre toutes sortes de solutions : se suicider, passer ses journées au lit à se masturber, boire à outrance, tomber amoureuse ou attendre la nuit, pour guetter les étoiles filantes…"

Fanny Mentré a écrit pour le théâtre, une quinzaine de pièces. Les dialogues, elle connait donc plutôt bien, mais c’est avec la forme du journal qu’elle s’essaye pour son premier roman et c’est réussit. Son personnage aborde d’ailleurs ouvertement, la forme du journal, ce que cela lui offre comme possibilités d’écriture, où commence la fiction et où elle s’arrête. Cette mise en abîme de l’acte d’écrire et ces réflexions sur la création littéraire apportent juste ce qu’il faut de profondeur et de distanciation au roman.

« Partager sa vie avec quelqu’un est quelque chose de véritablement usant. D’ailleurs l’expression « partager sa vie » veut bien dire qu’on en abandonne une partie. Mais au profit de qui? De quoi? De l’autre? Sûrement pas. On abandonne, c’est tout, des morceaux de soi, comme des chiens au bord de l’autoroute. »

Explorant le quotidien d’une ménagère de moins de 50 ans et ses frustrations, elle signe un journal à la parole libérée et sans concession avec ses personnages. Il y a imperceptiblement quelque chose de la tragédie dans ce premier roman, une tension, une fuite en avant, une envie de vie insatiable mais toujours contrainte par la société, les gens ou les choses qui se font ou pas.

« C’est peut-être ce que l’écriture de ce journal m’a permis de comprendre : je suis une fiction. »

Dans le microcosme d’un village, et au sein d’une entreprise en voie de restructuration, affirmer ses choix et défendre sa place ne sont pas chose facile d’autant que les règles sont mouvantes et difficilement appréhendables.

« Tous ces manquements m’apparaissent, au fil des ans, aussi aliénants que des « ainsi font font font » qui n’iraient vers aucune évolution, quelles que soient les discussions, et plus on en discute et moins ça évolue et plus ils m’apparaissent comme des « signes » de mépris, comme des post-it que je trouverais partout sur mon passage où il serait écrit « je t’emmerde »… »

La délitescence de ce personnage féminin est fine et subtile, profondément juste. J’ai aimé le ton, la tendresse de mère en alternance avec les envies de femme et surtout ce sentiment diffus mais persistant qu’il suffit de voir des licornes pour trouver une voix et exister.

Fanny Mentré, Journal d’une inconnue, Lattès, février 2015, 310 pages, 18,50 euros

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2 commentaires sur « Fanny Mentré : « Journal d’une inconnue » »

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