Agnès Ledig : « Pars avec lui »

agnes ledig

Présentation de l'éditeur : On retrouve dans Pars avec lui l’univers tendre et attachant d’Agnès Ledig, avec ses personnages un peu fragiles, qui souvent nous ressemblent. L’auteur de Juste avant le bonheur sait tendre la main aux accidentés de la vie, à ceux qui sont meurtris, à bout de souffle. Mais aussi nous enseigner qu’envers et contre tout, l’amour doit triompher, et qu’être heureux, c’est regarder où l’on va, non d’où l’on vient.

L’espace d’un instant toute l’histoire Roméo et Juliette se trame à mots couverts et c’est le retour du roman qui fait rebasculer le lecteur dans une intrigue très actuelle. Agnès Ledig aborde avec brio la reconstruction de soi que ce soit par le biais de Roméo, un jeune pompier ayant chuté du 8e étage et s’en sortant avec un long séjour en réanimation ou par le biais de Juliette, infirmière en réanimation qui répare et soigne les corps au point d’en oublier le sien et de le laisser aux mains d’un ami trop brutal, trop méchant, trop manipulateur.

« Il y a des hommes lourds qui pensent être couillus comme des taureaux de concours, qui écrasent de leur virilité malsaine les femmes trop fragiles, et il y a des hommes élégants et délicats qui les considèrent et les respectent dans leur fragilité. »

Ce roman aborde les pervers narcissiques qui usent et abusent de leur pouvoir et pas seulement de séduction pour arriver à leurs fins. Heureusement, c’est la reconstruction qui est mise à l’honneur dans le roman et le destin de ces personnages aux noms évocateurs.

« On soigne un corps qui abrite une âme. Quand celle-ci est torturée par des pensées, comment le corps peut-il être pansé ? »

J’ai beaucoup aimé les couple de « petits vieux » qui veillent sur les deux jeunes gens et s’aiment par dessus tout. Un roman tendre et émouvant servit par une écriture simple, non alambiquée qui permet une progression aisée dans l’intrigue.

Agnès Ledig, Pars avec lui, Albin Michel, octobre 2014, 368 pages, 20 euros 

Citation de la semaine

La citation de la semaine

« La vie, c’est long. Il y a un moment où vous accumulez trop de souvenirs. Alors, vous ouvrez une trappe et les plus douloureux disparaissent. »

Jean-Philippe Blondel in Un hiver à Paris

Chut c’est un secret avec Fanny Mentré

secrets d'écrivains par bénédicte junger

Fanny Mentré une pétillante auteure que j’ai rencontré à l’occasion d’une conversation à la librairie Kléber. Elle a publié un premier roman Journal d’une inconnue sous la forme du journal intime où une ménagère de moins de 50 ans fait part de ses doutes, ses joies et ses frustrations. Merci à elle d’avoir répondu à mes questions avec autant d’humour.

Fanny Mentré en dédicace

© Bénédicte Junger

1. Comment êtes-vous venu(e) à l’écriture? D’où vous en vient l’envie?

Par amour. Des rencontres avec des livres, des mots d’écrivains que j’apprenais par cœur, que je répétais en boucle et dont je sentais qu’ils me transformaient, ouvraient des espaces insoupçonnés.
Ça n’a pas changé : l’écriture, pour moi, ça passe par le corps. C’est un engagement de tout son être.

Pour en dire plus :
Dans mon enfance, on m’a souvent demandé de fermer mon livre parce qu’on était « à table »… alors que la télévision était allumée en permanence. Je n’aimais pas la télé, mais j’aimais les acteurs.
A onze ans, j’ai lu Lorenzaccio d’Alfred de Musset et j’ai été fascinée par ce personnage : son désir de changer le monde, son horreur de devoir tuer pour le faire, devoir tuer la personne dont il a fini par gagner la confiance, la personne qui l’aime et qu’il a lui-même fini par aimer…
Toutes ces mises en abîme…
J’étais bouleversée par ce personnage, ses contradictions, son regard sur lui-même et sur le monde, son engagement, ses questionnements…
J’ai grandi dans un HLM en bordure du périphérique parisien. Je parlais verlan en bas de l’immeuble et je lisais Racine sous les draps avec une lampe de poche…
Ce qui me fascinait, c’était de voir à quel point la langue pouvait être si différente d’un livre à l’autre. Les mots, c’était l’endroit de tous les possibles. Tout peut s’écrire, se réécrire. Il n’y a pas de code qu’on ne puisse remettre en question. Puisqu’une telle liberté existait, je voulais la vivre et la transmettre.
Je voulais faire du théâtre… J’ai écrit ma première pièce à 13 ans… que j’ai jetée comme toutes celles que j’ai écrites avant Un paysage sur la tombe, en 1993. Depuis, j’en ai écrit une quinzaine… Je fais du théâtre… Journal d’une inconnue est mon premier roman.

2. Quel est votre plus beau souvenir d’auteur?

Chacune des fins : être allée au bout d’un texte. Chacun des recommencements : avoir l’honnêteté de presque tout jeter et me remettre au travail. Du coup : chacune des fins…
Et les acteurs, les spectateurs, les lecteurs, les rencontres.
Le vivant.

3. Que pensez-vous de cette citation de Fernando Pessoa « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas »?

La vie ne suffit pas et l’écriture non plus.
Pessoa s’est inventé plusieurs noms, plusieurs vies. Les écrivains sont des ogres fous et sages. Sages parce qu’ils écrivent dans le silence. Fous parce qu’ils espèrent faire de leurs lecteurs des ogres. On bouffe de la liberté, quand on écrit, on s’invite au banquet de tous les possibles, on bouffe du vaste, de l’espace, on bouffe tout ce qu’on a été pour renaître à soi-même. On est question. On est son propre monde et on se transforme… De là à penser qu’on peut changer le monde…

4. Quel livre aimez-vous offrir?

En ce moment, le mien. Parce que j’ai reçu mes « exemplaires d’auteur ».
Sinon, Les vagues de Virginia Woolf, La Maladie de la mort de Duras, Le Bois de la nuit de Djuna Barnes, La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, Où j’ai laissé mon âme, de Jérôme Ferrari, Liquidation d’Imre Kertész…
J’offre aussi parfois Les Particules élémentaires à ceux qui disent « ouais, mais bon, Houellebecq… » évidemment sans l’avoir lu…

5. Quels sont vos projets littéraires?

Un roman auquel je travaille depuis 2013. Je m’y accorde la liberté d’y faire se croiser plusieurs styles. Une correspondance se mêle au récit, qui est lui-même constitué de plusieurs points de vue… Tout ce que je peux en dire c’est que j’y travaille, j’y travaille…

6. Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posé à laquelle vous auriez aimé répondre? Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

Oui, j’aurais aimé que vous me demandiez s’il y avait une question que vous ne m’avez pas posée à laquelle j’aurais aimé répondre et si je souhaitais ajouter quelque chose… Mais finalement ce n’est pas plus mal que vous ne m’ayez pas demandé cela car je n’aurais pas su quoi répondre (du moins en quelques lignes)…

7. J’allais oublier… avez-vous un secret à nous confier?

Tout est secret. Mais je peux vous confier l’un des moins importants, mon code de carte bancaire : 8473.

Martin Page « Peut-être une histoire d’amour »

Peut-être une histoire d'amour



Présentation de l'éditeur : " Virgile a l’habitude d’être délaissé par les femmes qu’il aime, c’est même une « certitude plus grande que la gravitation ». Mais cette fois, il s’apprête à vivre une expérience autrement plus déconcertante : de retour chez lui après une journée de bureau, il trouve sur son répondeur un message de Clara lui annonçant qu’elle le quitte. Or, il n’a aucun souvenir de cette dénommée Clara. Il cherche en vain une explication satisfaisante et finit par prendre une décision inattendue : reconquérir cette femme qu’il ne connaît pas. Peut-être une histoire d’amour est une comédie romantique dont Virgile est le héros décalé. Rebondissements et quiproquos se marient aux réflexions sur l’amour et pimentent cette fable pleine d’esprit."

Martin Page est un écrivain français né le 7 février 1975. Il est l’auteur de plusieurs romans où la désespérance devant le monde contemporain est tempérée par la tendresse et l’humour.

« Dans la vie, il faut s’efforcer à la fois de ne pas perdre et de ne pas gagner. L’exercice est délicat, tant ces deux pôles possèdent un puissant pouvoir d’attraction. »

Virgile est plutôt représentatif de l’idée que l’on se fait d’un homme de sa génération (les trentenaires). Il est même le genre de type à courir chez son psy à la moindre contrariété. On découvre un délicieux personnage, antihéros, qui laisse pourrir le contenu de son frigo, sillonne les rayons du Monoprix avec un casque de spéléologie sur la tête, refuse la promotion qu’on lui impose et habite un immeuble… de passe. Un idéaliste en somme, qui aurait pris la route depuis belle lurette s’il n’était pas désespérément à côté de ses chaussures. Au final, « Peut-être une histoire d’amour » propose une réflexion pertinente sur notre société. Tout dans ce récit, des oignons qui mijotent dans la poêle aux personnages les plus élaborés, a une identité propre et un rôle essentiel.

« L’être humain obéit pour ne pas mourir. C’est le théorème de l’enfant sage : si tu es sage, tu auras de bonnes notes, un métier, une maison, une femme, et ni toi ni aucun de ceux que tu aimes ne mourra. On finit par découvrir que c’est de la foutaise, mais ça marche sacrément longtemps. »

Le texte de Martin Page enchante par son humour pince-sans-rire et son second degré ravageur, ses descriptions par petites touches agrémentées de comparaisons inattendues – l’auteur se plaît tout particulièrement à raconter les femmes, leur allure, leur sillage. Une invitation à la curiosité dans un temps suspendu, un Paris en été, accueillant, vidé d’une partie de ses habitants. La place de la ville est grande et c’est un personnage à elle toute seule. Le roman de Martin Page est rafraîchissant et déroutant. Un bon moment d’humour.

« Il existe un parallèle troublant entre le développement du tourisme et la multiplication des histoires sentimentales. Nous aimons comme nous voyageons, pour de courtes périodes et suivant des circuits organisés. Nous tombons amoureux pour avoir des souvenirs, des lettres, une collection de sensations, de nouvelles couleurs dans nos iris; pour pouvoir en parler au bureau, à nos amis, à notre psy. Il n’y a pas de différence entre l’amour et les voyages, car nous en revenons toujours. »

Martin Page, Peut-être une histoire d’amour, août 2008 , 204 pages, 18,30 euros

Citation de la semaine

La citation de la semaine

« Je ne te juge pas, je ne sais pas si ça aurait changé quelque chose, si j’avais su avant. On construit des ponts sur ses failles, c’est la vie. La faille aurait été ailleurs, la géographie différente; mais au fond, il aurait bien fallu construire le pont quand même. »

Delphine Berhtolon in « Grâce »

Chut c’est un secret avec Jean-Philippe Blondel

secrets d'écrivains par bénédicte jungerJean-Philippe Blondel est un auteur prolifique, une vingtaine de livres publiés, de la nouvelle au roman, pour adulte ou pour la jeunesse. Ce qui caractérise la plume de cet auteur, c’est la précision  du lexique et le refus du conformisme tant dans les thématiques qu’il choisit de développer que dans le style qu’il développe. J’ai particulièrement aimé 6H41 et son dernier roman Un hiver à Paris. Il est aussi un grand lecteur de livres contemporains et c’est à cet occasion que nous avons fait connaissance. Merci à lui d’avoir répondu à mes questions.

JP-Blondel

1. Comment êtes-vous venu(e) à l’écriture? D’où vous en vient l’envie?

Je n’ai pas de réponse claire à cette question: je sais seulement que j’écris depuis l’âge de sept ans, des poèmes d’abord, puis des textes courts, des nouvelles à l’adolescence et ensuite des romans, je me suis tout de suite senti bien dans l’expression écrite, je me disais que, si je parvenais à faire vivre des personnages, je ,ne serais plus jamais seul.

2. Quel est votre plus beau souvenir d’auteur?

Je pense que c’est le moment où je suis passé devant la vitrine de la librairie où j’allais quand j’étais en vacances, ,à Capbreton, dans les landes, et qu’il y avait une vitrine complète d’Accès Direct à la Plage. Les larmes me sont montées aux yeux.

3. Que pensez-vous de cette citation de Fernando Pessoa « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas »?

La littérature, pour moi, est surtout la preuve d’une existence, à un moment donné, à un temps donné. Ce n’est pas tant la vie qui ne suffit pas que le temps qui nous est compté. Mais c’est sans doute, au fond, la même chose.

4. Quel livre aimez-vous offrir?

Les derniers qui m’ont enthousiasmé. Il n’y a pas un livre en particulier que j’aime offrir. Cela dépend du destinataire, des circonstances de notre rencontre, des goûts de l’autre, des points communs que nous pouvons avoir.

5. Quels sont vos projets littéraires?

Des romans, des romans et encore des romans. Le prochain sortira chez Buchet Chastel en janvier 2016 et s’intitule « Mariages de saison »

6. Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posé à laquelle vous auriez aimé répondre? Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

euh…non

7. J’allais oublier… avez-vous un secret à nous confier?

L’essence même d’un secret est de ne pas le confier, non ? :))