Isabelle Jarry : « Magique aujourd’hui »

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magique aujourd'hui

Présentation de l'éditeur : "Dans un futur proche, Tim est un jeune chercheur ; il entretient une relation fusionnelle avec Today, son assistant androïde. 
Lorsque Tim est envoyé une semaine en cure de déconnexion dans une campagne 
isolée, sans réseau ni communications, le robot, livré à lui-même, va s’essayer à l’autonomie. 
Tim fait l’expérience de la solitude et du sevrage. Plongé en pleine nature, il découvre le lien puissant qui l’unit à la terre, au ciel, aux animaux. Le 
jeune homme se dévoile au fil des situations tandis qu’on assiste, ému et 
réjoui, à la naissance d’une conscience et d’une personnalité originales : 
celles du robot. 
Dans un texte où affleurent sans cesse l’humour et la poésie, Isabelle Jarry 
nous propose quelques visions de ce que pourrait être le monde de demain, ou 
plutôt de cet «aujourd’hui magique», que nous voudrions enchanté par la 
technologie."

Isabelle Jarry est une romancière et essayiste française. Elle écrit pour les adultes et la jeunesse. Elle est chevalier des arts et lettres. Magique aujourd’hui s’inscrit à la longue listes de ses diverses publications.

Nous sommes dans le futur (proche ou lointain selon les convictions du lecteur et malgré les indications temporelles laissées par l’auteure) où évolue un curieux couple.
Tim, un jeune homme, chercheur de son métier, possède un robot androïde Today. Il entretient une relation amoureuse (mais incomplète) avec sa petite amie Olly. Dès la présentation de ces trois personnages je n’ai pu m’empêcher de faire ce rapprochement :
Tim = time = le temps
Today = aujourd’hui
Olly, = holidays = les vacances par extension le temps libre
Les notions de temps et plus largement d’avenir et de survie se décèlent en filigrane tout au long du roman. Il est question de l’emploi de ressources énergétiques nécessaires au fonctionnement des objets connectés dont certains citoyens semblent abuser et ainsi mettre en péril l’équilibre énergétique de toute la société. Face à ce constat, les cures de déconnexion permettent de soigner les fauteurs de trouble.

Ce roman met en exergue l’ambivalence des relations que l’on entretient avec des machines et des objets connectés et laisse planer le risque d’addiction. En cela, il se rapproche de l’excellent film « Her » de Spike Jonze où un homme tombe amoureux d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. Tim entretient une relation très particulière avec son robot qui est son assistant mais aussi et surtout son ami.

« Mais Tim croyait sincèrement que les machines possédaient ce qu’on aurai pu appeler « une âme », si la notion avait encore existé, et qui s’apparentait à une sorte de souffle intérieur, de personnalité intime et profonde. »

Le pro et les anti robots s’affrontent par biais de théories interposées.
Le robot reste une machine qui attise la convoitise, comme celle de Mirène qui kidnappe Today, livré à lui-même et non protégé dû à la déconnexion de programmes de protection et de fuite par Tim.

« Today était cet autre qui permettait à Tim de ne pas rester enclos dans son for intérieur, qui ne laissait par la richesse de sa vie intime se déployer dans l’espace de sa seule pensée. »

L’auteure ne prend pas position dans le débat mais expose un futur possible. La littérature d’anticipation permet de poser des questions et de laisser le soin des réponses au lecteur. C’est exactement le cas de roman, il ne tient plus qu’au lecteur de se faire sa propre opinion. Et cela, j’ai particulièrement aimé. La fluidité de style et tonalité ainsi que l’alternance de chapitres consacrés tantôt à Tim et tantôt à Today, font de ce roman un agréable moment de lecture.

Isabelle Jarry, Magique aujourd’hui, Gallimard, août 2015, 336 pages, 20 euros

Jeanne Benameur : « Otages intimes »

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Présentation de l'éditeur : "Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi."

Jeanne Benameur a publié pour la jeunesse, de la poésie, du théâtre et bien sûr des romans pour adulte. Elle signe pour cette rentrée littéraire un nouveau brillant opus tourné vers l’intime.

Dans ce roman qui signe le retour à la liberté d’Etienne, photographe de guerre, il est question de reconstruction, d’amitié, d’espoir et l’incroyable force du passé. Etienne a été otage d’un pays en guerre et il est miraculeusement libéré après une détention que l’on devine très dure.  De retour en France, il se reconstruit par la présence de ses amis, de sa mère (Irène qui a perdu son mari en mer) et de la nature et la musique qui sont des refuges pour lui.

Ses amis d’enfance, Jofranka, « la petite qui vient de loin  » et Enzo, « le fils de l’italien » sont des piliers, des repères mais aussi une possibilité d’affronter le passé. Jofranka est avocate à La Haye, elle s’occupe de ces femmes que la guerre et les hommes ont meurtries, salies. Elle est là pour libérer la parole, faire éclater les vérité par des mots. Enzo, est plutôt un taiseux, il s’accomplit dans l’ébénisterie et s’envole régulièrement en parapente, une façon de prendre de la hauteur. Ce triangle va connaitre des variations tout au long du roman.

« Enzo cette nuit joue pour Etienne pour Jofranka pour l’enfance qui les a réunis sur le chemin. Pour cette part d’eux-mêmes qu’ils n’atteindront jamais. Leur part d’otage. »

De son enfermement, Etienne conserve le visage d’une femme qui, en plein chaos quand des factions armées surgissent en tirant, charge de leurs affaires les bras de ses enfants quand un homme affaibli est déjà tassé à l’arrière de la voiture. Cette femme qu’il n’a pas prise en photo et qu’il a regardée, planté là, plutôt que de fuir, c’est ce qui lui a valu d’être enlevé. Tout au long du roman reviendra cette figure, allégorie de la souffrance et de la peur des populations civiles par temps de guerre.

« Il lutte contre le sentiment d’avoir perdu quelque chose d’essentiel, quelque chose qui le faisait vivant parmi les vivants. »

Si la question de poursuivre son activé se pose, c’est le cheminement pour arriver à la réponse qui est surtout décrit comme si la réponse n’était pas la chose la plus importante. C’est très beau.

« Lui qui a rapporté tant d’images qui laissent sans voix il faut des mots Pour tenter de comprendre. Il a besoin de retrouver le sens à la racine. »

Jeanne Benameur aborde avec délicatesse la valeur du temps et de l’absence à soi, au monde, aux autres. Avec un style très sobre elle touche le lecteur en plein cœur grâce à ses métaphores.

« La nuit est enveloppée de rêves. C’est la nuit qui boit l’eau des rivières. Elle est là, sous le pelage des bêtes et elle entraîne. »

Le style indirect libre lui permet, quant à lui, de restituer les dialogues avec une belle fluidité.

J’ai aimé l’ambiance feutrée du roman et la sensation très réelle de l’enfermement. L’auteure donne accès aux pensée intimes des personnages avec justesse et tendresse. Une grande humanité et une douce fragilité se dégagent entre les pages de ce roman profondément ancrée dans la résilience et l’avenir.

Jeanne Benameur, Otages intimes, Actes sud, août 2015, 208 pages, 18.50 euros 

Héléna Marienské : « Les ennemis de la vie ordinaire »

les ennemis de la vie ordinaire

Présentation de l'éditeur : "Sept personnages souffrant d’addictions –alcoolisme, sport, jeux d’argent, cocaïne, shopping, sexe– se trouvent réunis par la psy qui les suit, Clarisse, pour des séances de thérapie de groupe. Clarisse espère que le «décloisonnement» peut les aider à guérir. Mais en ont-ils vraiment envie, eux? Pas sûr… Ces «ennemis de la vie ordinaire» vont, peu à peu, se lier d’amitié au point de déteindre les uns sur les autres.
Comédie hilarante, portée par une écriture brillante et rythmée dHéléna Marienské, ce roman s’empare d’un sujet de société contemporain, l’addiction, pour mieux le détourner: un conte moderne aussi réjouissant qu’immoral. Abstinents s’abstenir."

Héléna Marienské est une romancière. Agrégée de lettres, elle enseigne et publie 4 romans. Son dernier roman s’inscrit dans la lignée des précédents abordant avec malice les addictions et plus particulièrement celle sexuelle.

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Chut c’est un secret avec Vincent Almendros

secrets d'écrivains par bénédicte junger

Vincent Almendros est un auteur de la nouvelle génération mais dans la lignée de Jean Echenoz, Christian Oster et Jean-Philippe Toussaint. Ses romans, qu’il signe aux Editions de Minuit, s’attachent à décrire l’infiniment petit pour un effet de sens infiniment grand. Son premier roman Ma chère Lise, rappelant Lolita impressionnait déjà par la maîtrise de la narration et l’économie de mot. Son dernier roman Un été (Prix Françoise Sagan), toujours aussi minimaliste emporte le lecteur dans un huis clos des sentiments et des petits secrets de famille, perdu au milieu de la mer. Vincent Almendros a répondu à mes questions entre deux prises de son prochain film. Merci à lui.

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Delphine de Vigan : « D’après une histoire vraie »

d'après une histoire vraie

Présentation de l'éditeur : " Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas 
quelqu’un qui prend possession de toi. "

Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française. Elle est l’auteure de sept romans. En 2007, No et moi  l’a fait connaitre au grand public et a reçu le Prix des libraires. En 2011,  Rien ne s’oppose à la nuit se révèle être un grand succès critique dans les médias et un coup de cœur des lecteurs.

Ce 8e roman est fidèle à cette écriture toute en finesse des précédents romans mais apporte une réflexion nouvelle et approfondie sur la littérature et la notion de réel qui est réclamée à corps et à cris par des lecteurs de plus en plus avides de « vrai ».

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