Chut c’est un secret avec Vincent Almendros

secrets d'écrivains par bénédicte junger

Vincent Almendros est un auteur de la nouvelle génération mais dans la lignée de Jean Echenoz, Christian Oster et Jean-Philippe Toussaint. Ses romans, qu’il signe aux Editions de Minuit, s’attachent à décrire l’infiniment petit pour un effet de sens infiniment grand. Son premier roman Ma chère Lise, rappelant Lolita impressionnait déjà par la maîtrise de la narration et l’économie de mot. Son dernier roman Un été (Prix Françoise Sagan), toujours aussi minimaliste emporte le lecteur dans un huis clos des sentiments et des petits secrets de famille, perdu au milieu de la mer. Vincent Almendros a répondu à mes questions entre deux prises de son prochain film. Merci à lui.

Vincent Almendros (CR Florian Kuhn)

  1. Comment êtes-vous venu(e) à l’écriture? D’où vous en vient l’envie?
    Le souvenir le plus lointain lié à l’écriture remonte, je crois, à l’âge de 13 ou 14 ans. Je venais de lire un poème qui m’avait bouleversé. Je crois que j’ai tenté de comprendre comment, avec des mots, un auteur avait pu provoquer cela en moi. J’ai pris une feuille et un stylo. J’ai commencé à écrire. Je n’ai plus arrêté. La lecture, évidemment, a nourri le désir d’écrire. Mais je ne sais pas trop pourquoi.Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, lorsque je passe plus de cinq jours sans écrire, la plupart du temps à cause de contraintes matérielles extérieures, je me sens profondément abattu. Je m’exprime assez difficilement à l’oral, et l’écriture, parce qu’on peut raturer sans cesse, se tromper, recommencer, chercher le mot juste, permet de trouver un calme, un quiétude, qui manquent à la parole. Pascal Quignard a trouvé une très belle formule pour dire cela. L’écriture, c’est « la mise au silence du langage ».
  2. Quel est votre plus beau souvenir d’auteur?
    Si vous parlez d’un souvenir lié à l’écriture, je pense immédiatement à des lieux. J’ai eu la chance, par exemple, d’être lauréat d’une « mission Stendhal », accordée par l’Institut Français, pour écrire Un Eté. Je suis allé à Venise pendant un mois. Je restais enfermé la journée dans l’appartement que j’avais loué et je sortais le soir pour me promener dans les rues, quand les touristes étaient moins nombreux. C’était une expérience très douce.
    Si vous parlez de la rencontre avec les lecteurs, elle est toujours insolite. J’ai parfois l’impression qu’ils parlent d’un livre que je n’ai pas écrit, et que je parle d’un livre qu’ils n’ont pas lu. C’est curieux et enrichissant. A la parution d’Un Eté, un lecteur m’a dit, avec beaucoup de gentillesse, que le livre ne comptait pas 100 pages mais le double car il fallait le relire pour en saisir toutes les subtilités. Ça m’a plu. Je l’ai répété en interview.
  1. Que pensez-vous de cette citation de Fernando Pessoa « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas »?
    J’ai parfois l’impression qu’écrire, c’est « doubler » sa vie. On pourrait dire, vivre deux fois. Si je raconte quelque chose d’intime, je le modifie toujours par rapport au réel, mais cette modification finit par modifier aussi le souvenir de ce que j’ai vraiment vécu. Si j’invente totalement, c’est l’inverse, la part inventée ressemble, avec le temps, à un souvenir vécu.
    Est-ce que pour autant la littérature est la preuve que la vie ne suffit pas ? Je n’ai pas envie d’attaquer la vie, car il faut sans doute beaucoup de vie pour écrire une page.
    Pour ce qui est de la lecture, c’est sensiblement la même chose. Et il est certain que l’art, à condition qu’il soit déconcertant, est profondément réconfortant.
  1. Quel livre aimez-vous offrir?
    Un jour, je suis entré dans une libraire en cherchant « mon livre préféré ». En tant que témoin de mariage, j’avais proposé que chaque convive offre aux jeunes mariés son livre préféré pour leur constituer une sorte de bibliothèque idéale. J’ai acheté, pour ma part, Les Grandes blondes de Jean Echenoz, que je venais de lire et qui m’avait sidéré. Je me suis installé, en sortant de la librairie, à la terrasse d’un café, j’ai ouvert l’exemplaire du livre à la première page et j’ai écrit un mot à mes amis

P aime A
A aime P
Je suis témoin.
Vincent Almendros

A peine avais-je fini d’écrire ces quelques lignes que Jean Echenoz est venu s’asseoir à la terrasse du café. A l’époque, je ne connaissais pas Jean Echenoz, je veux dire je ne l’avais jamais rencontré pour de vrai. Je ne savais pas encore qu’un jour je serai publié dans la même maison d’édition que lui. D’ailleurs, il serait plus juste de dire le contraire, c’est Jean Echenoz qui ne me connaissait pas, car, pour ma part, dès que je le vis, je le reconnus. Le hasard de sa présence me sidéra. Je tenais son livre à la main, hésitant. Puis j’ai fini par oser me lever et m’approcher de lui pour lui demander s’il accepterait, à tout hasard, de dédicacer cet exemplaire des Grandes blondes. Je lui racontai rapidement que des amis à moi se mariaient. Jean Echenoz sourit en silence. Il prit son stylo et ouvrit l’exemplaire. En dessous de ce que j’avais écrit, il ajouta :

Sans en être directement témoin,
l’auteur du livre en atteste aussi.
Bien amicalement,
Jean Echenoz.

Mes amis vécurent heureux et eurent un seul enfant. Et depuis, j’offre très souvent Les Grandes blondes.
J’aime aussi offrir tous les livres de Jean-Philippe Toussaint. J’ai une préférence pour Faire l’amour, non pas car son titre provoque immanquablement un effet sur celui qui le reçoit, mais parce qu’il me permet ensuite d’offrir à cette même personne les trois autres romans qui constituent le merveilleux « Cycle de Marie » (Fuir, La vérité sur Marie et Nue), que l’on peut d’ailleurs lire dans le désordre.

  1. Quels sont vos projets littéraires?
    Ecrire.
    Puis raturer.
    Et recommencer.
    Pour le reste, on verra bien ce que ça devient.
  1. Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posé à laquelle vous auriez aimé répondre? Souhaitez-vous ajouter quelque chose?
    Non.
  1. J’allais oublier… avez-vous un secret à nous confier?
    Chaque livre comporte un secret.
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