Jour 12 : Véronique Ovaldé : « Le sommeil des poissons »

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le sommeil des poissons

Présentation de l'éditeur : " Tout en haut du mont Tonnerre, dans un drôle de village peuplé de femmes, l’une d’entre elles, la mano triste, attend patiemment dans sa maison à courants d'air. Elle attend les hommes qui remontent du fleuve à chaque saison douce, et surtout Jo géant, avec son cœur tout miel… Un voyage aux airs de conte, doux et inquiétant."

Le sommeil des poissons est le premier roman de Véronique Ovaldé publié en 2000. Elle est notamment l’auteur de Ce que je sais de Vera Candida et La Grâce des brigands.

Avec un pareil titre, on s’attend forcément à rentrer dans un monde à part, où les poissons dorment ou pas ! Les poissons ne peuvent dormir car ils n’ont pas de paupières. Quel titre étrange… A la lecture, on comprend que rien n’est impossible sur le mont Tonnerre, lieu où l’on subit la saison grise et sa maladie qui en découle, comme les pluies diluviennes qui s’abattent sur ses habitantes. Petit village de femmes, de femmes uniquement car elles ont décidé de vivre libres et sans hommes.

« Elle lui dit :
– Je suis toute petite et mouillée.  »
Sa phrase grinça ; il regarda les seaux dans lesquels plicploquaient les gouttes qui traversaient le toit. Il vit le lit plus loin et la baignoire, toutes les petites choses parfumées posées sur le bord, il vit les murs suants et les foulards qui pendaient sans bouger aux dix coins de la pièce. Évidemment quand il la regarda au milieu de ce naufrage, il fut touché-charmé-ensorcelé.
Elle était toute petite et mouillée.
Alors il avança et c’en fut fait de lui. »

La Mano Triste qui vit tout en haut du mont Tonnerre, attend un homme, un homme qu’elle n’a pas et puis un jour, arrive, Jo, ce colosse tout en muscle et force qu’elle charme. Elle le charme à grand renfort de philtres, de préparations aux accents sucrés. Et la lumière que le lecteur attend ne percera pas la maladie grise qui s’insinue partout dès que revient la saison des pluies. Le drame de cette femme est de ne pouvoir se libérer du poids qui pèse sur ses épaules, drame tatoué dans sa peau par la tâche de vinotente.

« Sous l’eau, le Jo découvre un plaisir idéal. Il attend pour remonter de sentir ses poumons prêts à exploser, son cœur cogner comme un furieux. Jo, entouré de cette verdeur, de ces algues, de ces bris de soleil qui se déposent en éclats sur le dos des poissons, à la surface intime de l’eau – le monde vu à travers cette loupe…- Jo a l’impression d’échapper à sa pesanteur et voudrait toujours glisser, il sourit, l’animal, puis la pression devient trop forte, le corps s’embrume, les bras fourmillent, une inquiétude mauvaise attrape ses tempes, il faut ressortir, crever le miroir et avaler tout l’air possible d’un coup, ah, cette joie de se sentir glacé, écharpé par le soleil et le vent qui brûle la peau et les yeux. »

Un roman comme un conte, doux et inquiétant, un roman comme un voyage fantastique vers l’univers des femmes, dont chaque phrase séduit et dont on rêve longtemps après l’avoir lu. Véronique Ovaldé impose d’emblée une manière de raconter et un ton incomparables.

L’offrir à : des ami(e)s, des ados, de doux rêveurs.

Véronique Ovaldé, Le sommeil des poissons, Points, août 2013, 168 pages, 5.90 euros

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