Jour 18 : Paolo Giordanio : « La solitude des nombres premiers »

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La solitude des nombres premiers

Présentation de l'éditeur : "Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes ; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Mattia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l’adolescence à l’âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s’effleurer et de s’éloigner dans l’effort d’effacer les obstacles qui les séparent."

Paolo Giordano est un écrivain italien contemporain. La solitude des nombres premiers est son premier roman pour lequel il a reçu le prix Campiello « première œuvre » et le prix Strega : à 26 ans, il devient le plus jeune auteur à avoir été couronné pour ce prix important de la littérature italienne.

C’est d’abord le titre énigmatique de ce roman qui accroche le lecteur. On se laisse ensuite happer sans se méfier au cœur des histoires parallèles des deux protagonistes, Alice et Mattia, dont on suit les existences d’adolescents, puis de jeunes adultes. On est immédiatement percuté par le choc d’un récit déroutant dont on ne ressort pas indemne. Les vies d’Alice et de Mattia sont marquées par la souffrance, le manque d’amour, la cruauté, l’absence de toute communication véritable.

« Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes. Ils occupent leur place dans la série infinie des nombres naturels, écrasés comme les autres entre deux semblables, mais à un pas de distance. Ce sont des nombres soupçonneux et solitaires, raison pour laquelle Mattia les trouvait merveilleux. Il lui arrivait de se dire qu’ils figuraient dans cette séquence par erreur, qu’ils y avaient été piégés telles des perles enfilées. Mais il songeait aussi que ces nombres auraient peut être préféré être comme les autres, juste des nombres quelconques, et qu’ils n’en étaient pas capable. Cette seconde pensée l’effleurait surtout le soir, dans l’entrelacement chaotique d’images qui précède le sommeil, quand l’esprit est trop faible pour se raconter des mensonges. »

Les deux jeunes gens se ressemblent, et pourtant ne s’assemblent pas. Leur solitude est vertigineuse, leurs blessures semblent à jamais ouvertes, et quoi qu’il arrive, aucune rédemption ne paraît possible. Pas même celle de l’amour, lorsque celui-ci se présente parfois.

« On peut tomber malade d’un souvenir ; elle, elle était tombée malade de cet après-midi-là, dans la voiture, devant le parc, quand elle avait placé son visage devant le sien pour lui ôter de la vue ce lieu d’horreur. »

Le roman évoque alors une figure plus géométrique que mathématique : celle de la tangente, qui frôle le cercle avant de s’en éloigner au plus vite, à l’image d’Alice et de Mattia qui, meurtris de toute part par la vie, n’ont qu’un désir, celui de ne plus y toucher.

« Car ils étaient unis par un fil qui ne pouvait exister qu’entre deux individus de leur espèce, deux individus qui avaient reconnu leur solitude dans celle de l’autre. »

J’ai aimé le style vif et sombre, toujours sur le fil et d’une justesse assez incroyable. Il y dans ce premier roman une maîtrise assez incroyable de l’intériorité de personnages qui souffrent de ces blessures de l’enfance qui les poursuivent lors de leur vie d’adultes. Un roman émouvant.

L’offrir à : des ami(e)s

Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers, Seuil, traduit par Nathalie Bauer, mars 2009, 336 pages, 21.30 euros

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