Gaëlle Josse : « L’ombre de nos nuits »

L'ombre de nos nuits

Présentation de l'éditeur : "Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?"

Gaëlle Josse est une auteure de roman mais aussi de poésie. Dans ses romans, elle a gardé une forme de douceur et un univers métaphorique délicat. Elle a publié en 2014 le très remarqué Le dernier gardien d’Ellis Island.

Aujourd’hui, elle revient avec L’ombre de nos nuits, un roman profond sur les bouleversements intimes, les sacrifices secrets, les peurs indicibles de solitude et d’abandon, la création comme unique voie salvatrice.

Qu’est ce que la nuit? Qu’est ce que ses ombres? En mêlant adroitement deux histoires, l’auteure interroge sur la part intérieure et sombre de soi que l’on ne révèle que dans l’abandon de la nuit.

« C’est l’oubli qui nous sauve, sans quoi la vie n’est pas supportable. »

Le roman de Gaëlle Josse s’inscrit dans deux temporalités, au 17e siècle à Lunéville en pleine guerre entre le duché de Lorraine et le royaume de France et en 2014, à Rouen.

« Aujourd’hui, je sais ce que je veux peindre. Peindre le silence, le temps arrêté, l’appel d’une voix dans la nuit, la lueur qui nous guide. »

Le lecteur suit d’une part la création du tableau de Saint Sébastien par Georges de la Tour, assisté de son fils et d’un jeune apprenti orphelin qu’il a recueilli. Ces pages sur la création d’un tableau sur la figure d’un martyr (où la toile blanche est la révélation du « tout y est possible »), le choix des visages pour ses personnages, et toute la vie d’un atelier d’un grand maître sont absolument passionnantes. L’épopée que représente le voyage jusqu’à à Paris est un moment de littérature particulièrement bien menée qui donne à entendre la voix du maître et de l’apprenti, deux voix qui donnent à voir, à sentir, à vibrer jusqu’à la rencontre du roi.

« Mon Sébastien aura les traits de Jérôme, le fils aîné de nos voisins, les Keller, des tisserands. Il a en lui une certaine douceur et c’est un garçon bien bâti, comme devait l’être, j’imagine, ce jeune Romain converti. C’est du moins ainsi que je me le représente, avec son corps martyrisé, guéri par Irène avant de subir un second martyre en allant reprocher à l’empereur Dioclétien ses brutalités envers les chrétiens. »

Le lecteur suit d’autre part, une narratrice traductrice qui contemple et s’abîme dans ce même tableau. La narratrice dont le lecteur ne saura pas le nom revit par la grâce et la force de la toile, son histoire d’amour avec B. Cette histoire d’amour est peu ordinaire, faite d’oubli et de don de soi. Toute la magie de Gaëlle Josse consiste à revenir avec lucidité sur ces moments de partage unilatéral et l’incroyable capacité qu’à l’être humain de se mentir, de s’arranger avec la réalité pour vivre (mieux ou pire, cela sera au lecteur de trancher…).

« Je sais que je ne t’ai pas perdu. Pour perdre, il faut posséder. Tes sentiments ne m’ont jamais appartenu, ni quoi ce soit de toi. »

Ce roman m’a fait penser au roman de Mathias Enard Parle-le leur de batailles, de rois et d’éléphants dont j’avais tant aimé le souffre créateur et le lyrisme aux frontières de la préciosité. Gaëlle Josse s’inscrit dans cette tradition où art et amour nous emmènent de l’intériorité à la rencontre de l’autre dans un élan d’humanisme, de l’ombre à la lumière et dans le plus profond de la nuit. Un coup de cœur!

« Tout ce que les hommes ont inventé, tout ce qu’on nomme civilisation ou culture, ne sert qu’à tenir en laisse notre part sauvage, notre fulgurante envie, par moments, de dépecer l’autre et de dévorer son cœur encore palpitant. Je l’ai compris avec toi. »

Gaëlle Josse, L’ombre de nos nuits, Editions Noir sur Blanc, janvier 2016, 192 pages, 15 euros

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