Camille Laurens : « Celle que vous croyez »

 

celle que vous croyez

Présentation de l'éditeur : "Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux. 
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir."

Camille Laurens est agrégée de lettres modernes et a enseigné à Rouen avant de partir de 1984 à 1996 au Maroc. Depuis septembre 2011, elle enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris. En 2000, avec Dans ces bras-là elle obtient le prix Femina et le prix Renaudot des lycéens.

Dans son précédent livre « Encore et jamais » (Gallimard, 2013), elle abordait des questions sur le sens de la répétition, dans la vie et dans l’art, sur sa dimension tragique mais aussi sur ce qui pouvait en faire un source de création formidablement riche. Après une pause de trois ans, elle illustre cette intuition littéraire avec ce 9e roman gigogne surprenant et additif : Celle que vous croyez. On y retrouve son goût pour les jeux littéraires et de miroir typiques de ses romans.

Ce roman est l’histoire de Claire Millecam, une femme de 48 ans, divorcée, mère de deux enfants et professeure à l’université. Elle mène une vie plutôt sereine jusqu’à qu’elle rencontre Jo, son amant épisodique qui va finalement la quitter. Pour l’espionner et parce ce qu’elle ne veut pas renoncer à lui, elle va trouver un stratagème moderne d’espionnage : facebook.
Elle devient alors Claire Antunès une jeune brunette de la moitié de son âge, un fake en puissance, qui va devenir amie avec le meilleur ami de Jo, Chris, un photographe en galère.

C’est le point de départ d’une histoire d’amour inattendue. Une histoire d’amour qui rappelle celles de Marivaux. Claire est un personnage mi Mme Bovary, mi Mme de Merteuil en recherche constante d’amour qu’elle subit plus qu’elle n’instigue finalement…

« Vous connaissez une meilleure définition? L’amour, c’est vivre dans l’imagination de quelqu’un. Une fiction, oui. Et alors? Etre aimée, c’est devenir une héroïne. L’amour c’est un roman que quelqu’un écrit sur vous. Et réciproquement. Il faut que ce soit réciproque, sinon c’est l’enfer. »

Camille Laurens compose ce roman avec la minutie d’un horloger, tout est remonté et tourne au millimètre près pour un résultat digne d’un excellent roman policier. C’est brillant et profond, plein de rebondissements et de réflexions désenchantées mais lucides sur l’amour au temps des réseaux sociaux, comme l’incroyable miroir d’une société où s’écrire, se réinventer sont les seuls moyens pour exister non seulement pour soi-même mais dans les yeux de l’autre.

« La reconnaissance sociale, le respect que suscite la réussite professionnelle ou le charisme personnel, c’est bien, c’est gratifiant, mais ça n’engendre pas l’amour. Etre respectée pour ses cours ou ses livres, c’est comme une parodie du désir qu’on n’inspire plus. »

Claire Millecam va passer un long moment du temps du roman et de sa vie dans un hôpital psychiatrique. L’auteure donne accès au discours brute de son personnage dans la retranscription des séances de Claire avec son psy Marc. L’intérêt de ce mode de narration est l’accès sans filtre aux confidences de la patiente dont le lecteur ne connait pas les questions du psy.

« Etre folle? Ce que c’est qu’être folle? Vous me le demandez? c’est vous qui me le demandez? C’est voir le monde comme il est. Fumer la vie sans filtre. S’empoisonner à même la source. »

Mise en abîme et jeu de miroirs, double et travestissement, tout l’art du récit et de la construction gagnent en intensité au fur et à mesure de l’avancement dans le roman. J’ai aimé ce livre aux racines de l’autofiction pour sa tentative de définition du syndrome d’une génération virtuelle en proie à des difficultés de définition de soi et de capacité à aimer.

« J’aime bien cette idée qu’on est responsable de l’amour qu’on suscite, c’est à dire que d’une certaine manière, à défaut d’y répondre, on en répond. »

Camille Laurens, Celle que vous croyez, Gallimard, janvier 2016, 192 pages, 17.50 euros

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