Olivier Adam : « La renverse »

La renverse

Présentation de l'éditeur : " "Ce n'est qu'au moment d'entrer dans le bar-tabac que la nouvelle m'a vraiment heurté, qu'elle a commencé à filer le tissus du drap que je tendais depuis des années sur cette partie de ma vie. J'ai demandé deux paquets de cigarettes, salué les habitués du plat du jour. Au-dessus des tables, un téléviseur s'allumait sur une chaîne d'information en continu. A l'instant où j'y posé les yeux, le visage éminemment télégénique de Jean-François Laborde s'est figé sur l'écran. J'ai demandé qu'on augmente le volume. On annonçait son décès dans un accident de voiture. Suivait un rappel succinct de sa biographie. Fugacement, la pensée, absurde étant donné le temps accordé à l'information, qu'il n'avait pas été fait mention de ma mère m'a traversé l'esprit." Dans La renverse, Olivier  Adam retrace l'itinéraire d'Antoine, dont la vie s'est jusqu'à présent écrite à l'ombre du scandale public qui a éclaboussé sa famille quand il était encore adolescent. Et ce faisant, il nous livre un grand roman sur l'impunité et l'humiliation, explorées au sein de la famille comme dans l'univers politique."

Olivier Adam a publié une quinzaine romans dont beaucoup ont été adaptés au cinéma. Primé plusieurs fois et acclamé par la critique, il a su conquérir les meilleures ventes et le cœur des lecteurs avec des romans intimistes, le plus souvent recentré autour de la famille et surtout écrit à hauteur d’homme.

Il y a toujours eu quelque chose d’enfoui, de timide, qui se tapi dans les romans d’Olivier Adam. Quelque chose que l’on doit gratter, ou regarder attentivement pour en percevoir la profondeur. Ce roman n’y échappe pas et s’inscrit au plus proche des sentiments et sensations des personnages en quête de renaissance et de reconstruction.

Olivier Adam augure avec ce titre, La renverse (un phénomène maritime entre marée montante et marée descendante où les courants sont nuls) un roman prenant sur le fil, tout en tension, en attente de l’événement qui fera basculer les vents et la vie du narrateur. Et c’est réussit.

« Combien de personnes successives, contradictoires, opposées, inconciliables abritons-nous en nous-mêmes? »

Comment se reconstruire lorsqu’un scandale politique balaie sa famille? Comment faire face? Le déni, la fuite, la fureur de vivre et l’envie d’en finir sont autant de pistes que l’auteur aborde avec délicatesse et rythme dans ce roman aux enjeux sociaux et sociétaux forts.

« On se ment beaucoup à soi-même. »

Au cœur d’un scandale politique et d’une sordide affaire de mœurs, il est surtout question de la vie pavillonnaire (qui n’est pas sans rappeler Les Lisières du même auteur) et des laisser pour compte, des sans-voix et de ceux dont on ne parle jamais. Les adolescents des deux familles au cœur du scandale font partie des dommages collatéraux, c’est par eux que l’auteur aborde cette histoire : Laetitia et Antoine.

« Nous sommes les enfants d’une génération seulement préoccupée d’elle-même, tu sais. Toi, Laetitia, moi, nous sommes le fruit du même monde. Ça a pris des tournures différentes mais tout est viscéralement pourri, vicié, fondé sur le faux-semblant et un égocentrisme maladif. Nous n’avons jamais compté. On ne nous a jamais laissé de place. Et le peu que nous avons pris nous a été dénié. »

Le roman est focalisé du point du vue d’Antoine devenu adulte, la petite trentaine. Il vit retranché en Bretagne où le paysage lui apporte la solitude et le déchaînement des éléments qui s’accordent finalement si bien à celui qu’il est devenu.

« J’ai pris le sentier longeant les falaises. Quelques fleurs de bruyère résistaient encore, parmi les premiers ajoncs et les restes de fougères brûlées par le froid. Je suis resté un moment là-haut, le temps de griller les cigarettes qui me faisaient office de petit déjeuner, de m’emplir les poumons de goudron et d’iode congelé. Tout était parfaitement figé dans la lumière acidulée du matin. Au loin, un kayak glissait sur les eaux tout à fait lisses, d’un bleu tendre de givre, semées d’îlots où somnolaient des cormorans frigorifiés, luisants et noirs, comme recouverts de pétrole. »

Olivier Adam a fait d’Antoine un assistant libraire dans une station balnéaire bercée par les saisons touristiques. Quel meilleur endroit qu’un temple des livres pour tenter de trouver les mots manquants, réécrire l’histoire et envisager l’avenir?

« Déjà il n’encaissait pas de devoir fermer le dimanche, au motif que la librairie ne figurait pas au rang des commerces de première nécessité.
Quand on voit le niveau de connerie ambiante, grommelait-il, on sent bien à quel point c’en est un, de foutu produit de première nécessité. »

J’ai apprécié l’univers marin en filigrane dans le roman et l’introspection profonde des personnages. La machination politique bien que rondement menée n’a pas été l’élément primordiale pour moi de la lecture. Un roman sur la résilience, les choix et le pardon, peut être…

Olivier Adam, La renverse, Flammarion, janvier 2016, 268 pages, 19 euros

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