Olivier Bourdeaut : « En attendant Bojangles »

en attendant bojangles

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Présentation de l'éditeur : "Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom."

Olivier Bourdeaut est né en 1980 (excellente année!). Après plusieurs emplois, il se met enfin à écrire son premier roman bercé par ses nombreuses lectures. L’univers si particulier de cet enchanteur du quotidien est sûrement la chose qui frappe le plus dès les premières lignes.

Une  drôle de famille unie par beaucoup d’amour, avec cette volonté de transformer le quotidien en une douce folie est au cœur de ce premier roman très réussit. Les personnages sont attachants dans leur emportement, dans leur manière d’appréhender les choses pour finalement préserver le cocon auquel ils appartiennent.

« Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée.
– J’ai arrêté car c’était très difficile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué. Maintenant j’ouvre des garages, il faut beaucoup travailler mais c’est très bien payé.
A la rentrée des classes, lorsqu’aux premières heures on faisait les présentations, j’avais parlé, non sans fierté, de ses métiers mais je m’étais fait gentiment gourmander et copieusement moquer.
– La vérité est mal payée, pour une fois qu’elle était drôle comme un mensonge, avais-je déploré.
En réalité, mon père était un homme de loi. »

Le roman est focalisé du point de vue de l’enfant qui a grandi et revient sur son passé. Il est appuyé par des extraits en italique des carnets de son père. Il y a donc deux voix qui se dégagent de roman et une en creux, celle de la mère au centre des souvenirs du fils et du père. Le petit garçon avant d’être déscolarisé est dépisté comme dyslexique mais là encore les choses sont dites avec magie et poésie.  Il y a quelque chose de profondément doux et bienveillant dans ce roman.

« Pour que mon écriture aille dans le bon sens, la maîtresse m’a fait envoyé chez une dame qui redressait les lettres sans jamais les toucher et qui, sans outil, savait les bricoler pour les remettre à l’endroit. »

Ce roman à l’univers si particulier m’a fait penser à Boris Vian pour sa gaieté heureuse et au film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain pour sa douce fantaisie. Il existe très peu de roman dans le genre si délicatement barré et aux qualités d’écriture affirmées.

Je ne souhaite pas m’appesantir sur l’histoire qui est un poème et mérite d’être découverte au fil de la lecture. Toutefois, il me semble important de souligner qu’il y a beaucoup d’émotions et d’amour entre les lignes mais aussi une souffrance en demi-teinte, un masque de clown que l’on porte pour ne pas sombrer. En cela, ce roman m’a fait penser au film La vie est belle, un hymne à la vie coûte que coûte et à tout prix.

« Elle lui avait appris à vouvoyer tout le monde car elle considérait le tutoiement comme le meilleur moyen d’être à la merci des gens, elle lui avait dit que le Vous était la première barrière de sécurité dans la vie, ainsi qu’une marque de respect qu’on devait à l’humanité toute entière. »

J’aimé la douceur et le rythme du livre, les métaphores déjantées de l’auteur, les aphorismes et les idées complètement folles du personnage de la mère. Un roman qui fait du bien, qui fait sourire et dont l’amour inconditionnel des personnages vous touchera. Un livre à offrir et à partager.

(Et je ne pouvais pas finir de billet sans partager avec vous, cette chanson de Nina Simone qui berce le roman et son lecteur…)

Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, Finitude, janvier 2016, 160 pages, 15.90 euros

 

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7 commentaires sur « Olivier Bourdeaut : « En attendant Bojangles » »

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