Claire Berest : « Bellevue »

claire berest

Présentation de l'éditeur : "Alma se réveille à quatre heures du matin. Dans un hôpital psychiatrique.
Deux jours plus tôt, elle fêtait ses trente ans. Écrivain prometteur, Alma est une jeune Parisienne ambitieuse qui vit avec Paul depuis plusieurs années ; tout lui sourit. Et, d’un coup, tout bascule. Son angoisse va l’emporter dans une errance aussi violente qu’incontrôlable et la soumettre à d’imprévisibles pulsions destructrices.
Que s’est-il passé pendant ces quarante-huit heures ?"

Claire Berest est une jeune auteure française. Elle publie son troisième roman: Bellevue. Un roman servi par une plume vive et directe sans aucune négociation avec les approximations.

Le récit déroule en alternance deux temporalités liées par un lien de cause à effet. La première temporalité qui commence le 4 juin, a pour point de départ, le 30e anniversaire d’Alma. La deuxième temporalité se situe « courant juin » après ces 48 heures dont la première temporalité nous rend compte. L’entremêlement de ces deux lignes narratrices apporte non seulement du dynamisme au roman mais génère aussi un doux suspens.

« C’est donc cela, la trentaine. Une fêlure sans éclair, un empoisonnement discret, un meurtre sans préméditation. Je m’aperçois que certains mecs d’un soir sont plus jeunes que moi, à présent. Le sexe est plus disponible, l’amour devient fuyant. »

Tout le roman n’aura de cesse d’essayer de cerner les contours de sa narratrice, Alma, au seuil de ses trente ans, au seuil de la folie, au seuil de la douloureuse et authentique façon d’être au monde. Claire Berest donne à entendre toutes les questions d’une jeune femme en perdition, d’une jeune femme qui fait penser à une adolescente désenchantée et sauvage, au sens primitif du terme.

« J’ai encore conscience de l’absurdité de ma conduite depuis que je me suis levée ce matin du 4 juin, en revanche cette conscience ne m’arrête en rien, et ne me fait même pas tergiverser. J’agis par impulsion, me rendant captive de mon instinct, heureuse d’être dominée par une autre, qui se retrouve aux commandes. Je ne suis plus Alma, ou alors je suis complètement Alma, enfin. »

Les séquences aux urgences psychiatriques sont fortes et poignantes avec une certaine forme de résignation d’Alma à l’organisation du quotidien.

« Ici, les gens n’ont plus d’âge. Nous marchons comme des zombies, comme si nos pieds étaient chaussés d’ouate. Je souris béatement à tous ces visages que je croise. De temps en temps une dispute éclate. L’un d’entre nous qui pète les plombs. Alors on augmente la dose de ses médicaments, et la ronde reprend. C’est la danse des canards. »

Bien sûr, la peur transpire entre les mots, la peur lucide due à l’absorption de trop d’alcool. La chaleur du champagne affole les frontières inhibitrices, libère la parole et les actions. Ces passages sont d’une rigueur implacable, renforcés par une recherche du mot juste. Armée d’un style direct et franc, Claire Berest décrit l’innommable déchéance d’une jeune femme dévorée par ses doutes et ses démons, ne trouvant de répit que dans l’alcool, le sexe et dans sa réinvention.

« J’apprends par cœur le poème de Verlaine intitulé L’angoisse. Jusqu’à pouvoir le réciter à haute voix en boucle, jusqu’à me pénétrer des mots comme un horizon de sens, moi qui ai perdu la raison. Je le réapprends tous les jours, parce que je l’oublie. Je ne suis pas frustrée, mais obnubilée, alors je m’exécute, avec obséquiosité et application. »

Bien sûr, il y son petit ami Paul, son meilleur ami Auguste et cet auteur à la mode Thomas B. (qui m’a fait penser à Beigbeder tout le long du roman) qui tentent de la sauver mais peut on sauver quelqu’un qui ne le souhaite pas?

« La nuit, je ne dors pas, je somnole, j’écoute les Nocturnes de Chopin. Ça me brise le cœur, mais je ne peux pas pleurer à cause des médicaments, alors je pleure abstraitement. »

Claire Berest signe un troisième roman d’une maturité stylistique impressionnante en apprivoisant un sujet difficile. Au delà, d’une simple recherche du juste mot, elle cristallise tout le désarroi d’une génération qui ne cherche finalement qu’à vivre et à trouver ses limites. Un roman choc, grave, très réussit.

Claire Berest, Bellevue, Stock, janvier 2016, 198 pages, 17,50 euros
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4 commentaires sur « Claire Berest : « Bellevue » »

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