Marcus Malte : « Le garçon »

Le garçon

clubdesexplorateurs

Présentation de l'éditeur : "Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un 
être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne 
connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se 
met en chemin – d’instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek 
l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec 
Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon 
commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre 
de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme 
de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de 
quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon 
est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du 
monde."

Marcus Malte s’est illustré en écrivant des romans policiers et des nouvelles. Son dernier livre, un roman dense et puissant est une réussite.

La vie est faite de rencontres et de choix. Marcus Malte fait des rencontres d’un jeune garçon, un prétexte pour explorer l’âme et le monde début 1900. Il est un incroyable conteur. Son style m’a fait penser à Véronique Ovaldé et à Carole Martinez. Il raconte à grand renfort de candeur et descriptions naturalistes, l’incroyable vie d’un jeune garçon qui ressent la vie sauvage ou domestique intensément et qui a tout à apprendre de ses congénères.

« Désormais il veut voir. Il veut savoir. Il veut connaitre. Il ne se tiendra plus à l’écart comme sa mère d’abord en avait décidé, pour des raisons connues d’elle seule, comme son propre instinct ensuite le lui dictait. Désormais il veut suivre d’autre voies que celles empruntées par des reptiles ou des quadrupèdes. Il veut se frotter à ses semblables. A compter de ce jour il ne refusera plus leur compagnie, et même il la recherchera, et cela ne changera pas jusqu’au crépuscule de sa vie où sans doute alors il aura fait le tour de ce qu’ils sont et de ce qu’il est et jugera bon de s’en détacher et où de nouveau il aspirera à la solitude qui est au final la seule certitude et l’unique vérité sur lesquelles l’homme peut se reposer. »

Tout au long de sa vie, il va rencontrer des personnages hors-norme. Recueilli et exploité dans un village, il va explorer les relations humaines qu’il nouera par exemple avec Gazou, un jeune homme simple d’esprit mais libre, ou plus tard avec Brabek, un philosophe tout en muscles qui a vu l’Amérique et ses sirènes. Jusqu’à sa rencontre avec Emma qui va bouleverser sa vie et les frontières de son âme.

Ses racines, cette terre nourricière telle la Pachamama, sa mère disparue trop tôt et tous les morts de la première guerre mondiale vont l’amener au bout de lui-même et aux confins du nouveau monde. Les lettres d’Emma répondent aux descriptions âpres de la vie des tranchées et apportent une respiration au lecteur car ces pages de batailles sont dures et réalistes, poignantes. Marcus Malte ne fait pas semblant quand il part de la guerre, c’est terriblement incarné.

« C’est que la nuit est si longue. La nuit n’en finit pas.C’est vrai que j’ai l’impression de devenir folle. J’attends. Je tourne en rond. La chambre.Le tapis. Je marche. Il faut tenir. Tenir. Je prends la plume pour empêcher mes mains de trembler. J’ai peur. J’ai froid. Quand la colère retombe, mon sang se glace. J’ai tellement froid, si tu savais. Marcher, écrire, quel autre choix? Je compte mes pas, je noircis des pages pour tenir jusqu’à l’aurore, jusqu’à tomber, m’écrouler sur mon lit. Il faut bien passer la nuit. Celle-ci et celle d’après. Et celle d’après. Et celle d’après. Combien encore?  Mon amour, encore combien de nuits? E. »

Roman initiatique, roman d’aventure, roman d’amour, l’auteur parvient à tenir une histoire sur 540 pages avec un personnage qui ne parle pas, certes, mais qu’il sait rendre terriblement expressif. Livre contemplatif et doux aux métaphores maîtrisées et poétiques, ce roman se déguste.

C’est un livre monde comme il en existe de moins de moins, un livre avec plusieurs romans à l’intérieur. Un livre à offrir, parce qu’il prouve magnifiquement que tout est possible.

Marcus Malte, Le garçon, Zulma, août 2016, 544 pages, 23.50 euros

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6 commentaires sur « Marcus Malte : « Le garçon » »

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