Chut c’est un secret avec François Bugeon

secrets d'écrivains par bénédicte junger

François Bugeon a publié un premier roman, généreux et délicat sur la vie à la campagne, l’amitié,  les aléas du quotidien et l’entraide. Le monde entier m’a séduite pour sa simplicité et son intelligence du cœur. J’ai rencontré l’auteur à l’occasion de la soirée de clôture des 68 premières fois. Merci à lui d’avoir répondu à mes questions.

François Bugeon

© Bénédicte Junger

  1. Comment êtes-vous venu à l’écriture ? D’où vous en vient l’envie ?

Je n’ai jamais choisi d’écrire. Je ne l’ai pas décidé non plus. Le gout m’en est venu lorsque j’étais en classe de sixième. Mon professeur de français de l’époque nous faisait découvrir la littérature en nous lisant pendant des heures des textes de Romain Roland, Supervielle, ou Daudet. Mais surtout il  me donnait de bonnes notes en rédaction et ses longs commentaires dans les marges étaient souvent valorisants.  J’en avais besoin : j’étais un mauvais élève,  ce qu’on peut appeler un handicapé scolaire, rebuté par l’enseignement à l’école,  les méthodes qu’on y applique et les buts qu’on y vise. J’étais pourtant curieux, je lisais beaucoup, me passionnais pour les sciences autant que pour la littérature, mais, que voulez-vous : j’étais un élève nul, je n’aimais pas le sport et j’étais plutôt malhabile. C’est sans doute parce que le français, ou plus exactement l’exercice de rédaction, était le seul domaine dans lequel je n’étais pas mauvais que j’ai considéré que l’écriture était l’unique chose pour laquelle j’étais doué. Voilà pourquoi je n’ai pas choisi d’écrire, je ne savais simplement rien faire d’autre qui puisse montrer que je valais quelque chose. Et c’est aussi pourquoi je considère qu’écrire est un combat.

2. Quel est votre plus beau souvenir d’auteur ?

Dans mon roman « Le monde entier », j’ai eu le plaisir d’être dessaisi de mon statut d’auteur par les personnages de mon récit. Il s’agissait d’une scène, celle où Claudie parle avec Chevalier dans son jardin et comprend sa solitude, que j’avais dû refaire à cause d’un problème de temporalité. Deux pages écrites d’un trait, comme sous la dictée, comme si Claudie et Chevalier existaient vraiment et que je ne faisais que décrire ce que je voyais et entendais. Pas moyen de faire autrement, c’était eux qui menaient la danse, plus moi. Ce plaisir-là, d’être dépassé par ce que l’on croyait avoir créé, est une des choses les plus étonnantes qu’il m’ait été donné de vivre.

3. Que pensez-vous de cette citation de Fernando Pessoa «  La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas » ?

Je pense que Pessoa se trompe. En fait, je suis en parfait désaccord avec ce genre de considérations que trop de créateurs attribuent à leur art. Ça sonne bien, c’est joli, mais la littérature n’est pas une preuve et la vie suffit en elle-même. Comme si les braves gens qui ne lisent pas, ne vont pas au théâtre, ne visitent pas les musées ou ne courent pas les concerts, vivaient moins, avaient une existence amputée des beautés de ce monde! Alors qu’il y a plus de beauté dans les échancrures et les retours gris d’une écorce de chêne que dans n’importe quelle page de n’importe quelle œuvre littéraire. Qu’on la regarde de quelque façon, comme littéraire, scientifique, bucheron, peintre ou petit enfant, cette écorce-là est un univers à elle seule. La vie, la nôtre d’être humain, et toutes celles qui nous entourent, et même, ce qui est inerte, une goutte d’eau ou les galaxies lointaines, tout cela suffit et nous emplit. Écrire et créer, c’est parler aux hommes, et à eux seuls, c’est tenter de mieux leur parler et de mieux de se faire comprendre, c’est vouloir toucher chez l’autre ce qui résiste à l’empathie. C’est déjà énorme, c’est beau, mais ça ne prouve rien et la vie répondra toujours.

4. Quel livre aimez-vous offrir ? 

Je n’offre pas souvent de livre, mais je donne souvent le livre que j’ai aimé lire, et cela va de Claude Ponti à Aki Shimazaki. À bien y réfléchir, lorsque j’offre un livre il s’agira plutôt d’un essai ou d’un livre scientifique. Il me semble que c’est un double cadeau, celui du plaisir de lire et celui de comprendre. Et si, en plus, on peut en parler plus tard…

5. Y a-t’il une question que je ne vous ai pas posée à laquelle vous auriez aimé répondre ?Souhaitez-vous ajouter quelque chose ? 

Pourquoi j’écris ! C’est une question que je me pose de plus en plus… Pourquoi j’écris encore maintenant que je m’en moque pas mal de ce que je vaux. Je ne sais pas répondre à cette question et je vous jure qu’elle se pose à chaque fois que je pose mes mains sur mon clavier pour continuer le récit que j’ai entrepris.

6. J’allais oublier… avez-vous un secret à nous confier ?

Je ne suis pas un écrivain. Je suis un conteur peut-être, et encore. J’écris des choses pour que les gens les lisent, c’est tout.

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