Grégoire Delacourt : « Danser au bord de l’abîme »

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Présentation de l'éditeur : "Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d’un homme dans une brasserie. Aussitôt, elle sait."

Grégoire Delacourt a publié 6 livres, 5 romans et 1 recueil de nouvelles. Capable du meilleur (L’écrivain de la famille) comme du moins convaincant (La première chose qu’on regarde), il renoue ici, avec La liste de mes envies. Danser au bord de l’abîme, son cinquième roman s’est d’abord intitulé un bref instant sur le site Electre (bible des libraires et des professionnels du livre) : Que le plus beau reste à venir. Editeur et auteur ont donc choisi d’amener le lecteur de l’optimisme au danger et de ce fait à la peur intrinsèque qu’il suscite.

Au cœur des romans du publicitaire habile avec les formules et les concepts, il se tisse en filigrane la peur de ne pas être aimé. Le petit Edouard a peur de décevoir sa famille en suivant sa propre voie, Jocelyne craint de n’être aimée que pour son gain au loto, le sosie de Scarlett de n’être aimé que pour sa beauté outrageuse, Antoine a peur de perdre définitvement l’amour de ses enfants, les 4 couples du Touquet n’aspirent qu’à trouver enfin l’amour vrai.

Dans ce nouveau roman, il est aussi question d’amour mais surtout du désir qui fait mal, de vie que l’on réinvente et du temps qui passe mais qui ne se rattrape pas. Organisé autour de trois parties aux univers bien distincts, le récit est celui d’une confession, celle d’Emmanuelle, mais cela aurait pu être vous, moi ou un/une autre. Une personne un peu éteinte mais qui n’a pas oublié qu’il est aussi possible de rêver.

« Je crois que l’on trébuche amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible. Une faim jamais comblée. »

 Il y a une réelle fascination chez cet auteur pour ce moment où tout est possible. La première partie est une ode au basculement, aux bouleversements intimes. Le roman étant focalisé du point de vue d’Emmanuelle, le lecteur accède aux pensées, doutes, espoirs sans filtre ce qui crée une grande proximité. Grégoire Delacourt se glisse une nouvelle fois dans la peau d’une femme comme lors de La liste de mes envies et cela lui va bien.

« Je suis restée seule avec nos premiers mots à la fois banals et spectaculaires, avec tous les autres également – les mots cachés entre les mots, qui confessaient déjà nos faims, nos indécences, et quelques agréables opacités. »

Ecriture sèche mais avec quelques envolées lyriques, Grégoire Delacourt est fidèle à sa prose où il ne traine pas un mot de trop dans ses phrases. En revanche, le rythme global du roman ralentit fortement dans la partie centrale, celle où la vie d’Emmanuelle se brise, se disloque et se recompose finalement grâce aux vertus abrasives des embruns du Nord. En jouant sur les échos et de nombreuses métaphores, l’auteur perd parfois un peu son lecteur qui peut ressentir un manque d’action ou tout du moins d’avancement dans l’histoire. Je m’attendais à un peu plus de dynamisme, même si la musicalité et la dramaturgie du roman évoquent la magie de l’opéra « La Traviata » auquel l’auteur fait référence.

La maladie s’invite aussi ici et là dans le roman, dévastatrice et réparatrice à la fois. L’auteur surprend à réparer les vivants par les mots et son sens de la formule. Il approfondit ainsi sa réflexion sur leur pouvoir quasi talismanique et pose la question de la mort, du souvenir et de l’avenir.

« Lorsque l’on ne prononce plus le nom des gens, ils s’effacent. »

Ce roman est plaisant, dur, âpre et sincère. S’il est grave dans son histoire, il est aussi teinté d’optimisme et ouvre la porte à la résilience. La chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet auquel le roman fait référence n’aura jamais été aussi dramatique et actuel. Il me manque toutefois un tout petit quelque chose pour qu’il soit un coup de cœur.

Grégoire Delacourt, Danser au bord de l’abîme, Lattès, janvier 2017, 364 pages, 19 euros

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7 commentaires sur « Grégoire Delacourt : « Danser au bord de l’abîme » »

  1. Je partage globalement ton avis mais suis plus sévère que toi sur la deuxième partie où je me suis carrément ennuyée. Heureusement la dernière partie rattrape tout!
    Bonne année Bénédicte!

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