Astrid Manfredi : « Havre Nuit »

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Présentation de l'éditeur :" En fait, tout se passe bien. Comme dans un jeu macabre mais réglementé. Parce qu'à la fin personne ne meurt vraiment. " 
Une étudiante prend un homme en auto-stop sur une aire d'autoroute, un soir de 31 décembre, et entraîne l'inconnu dans une fête au Havre. Le lendemain, elle prend le meurtre sauvage d'une fille qu'elle avait aperçue au cours de la soirée. Quelques années plus tôt. Laszlo est inscrit à la Sorbonne. Il sèche les cours et, au bistrot, observe une étudiante penchée sur ses cours de criminologie. Laszlo est amoureux mais c'est avec d'autres filles à la peau diaphane qu'il passera ses nuits. Il n'oubliera jamais Alice, devenue inspectrice. À défaut de la posséder, il laissera sur ses scènes de crime ce que seule Alice pourra trouver."

Astrid Manfredi, auteure d’un premier roman époustouflant, La petite barbare, publie en cette rentrée d’hiver Havre Nuit. On y retrouve l’urgence de dire, la fureur de vivre et l’envie d’aimer et surtout ce style qui m’avait conquise : rugueux et poli, affûté et poétique.

Havre nuit est un roman miroir où les voix s’interpellent, se répondent et tricotent une réalité où le lecteur va devoir se frayer un chemin et dérouler le fil d’Ariane pour accéder à la vérité crue, celle qu’Astrid Manfredi chérit et défend tout au long du roman.

Le lecteur est parfois perdu, parfois même mené délibérément en bateau tant les repères volent en éclat sur fond d’alcool, de sexes de désirs frustrés et surtout de rendez-vous manqués. L’auteure donne à voir plusieurs réalités de ses personnages abordées par des points de vues antagonistes.

« Personne ne vous rend visite et à la nuit tombée vous vous toisez de vos prunelles pailletées d’ennui, chacun évaluant dans son coin lequel des deux finira par attaquer l’autre. »

Les personnages sont à fleur de peau et les mots tranchants. On sent que tout peut déraper et que derrière la page suivante le pire peut arriver. Roman à la lisière du roman noir, il se décline entre  beaucoup de suspense et une analyse psychologique très fouillée. Et il y a aussi Le Havre, cette ville fantomatique, glaçante qui prend une place prépondérante dans l’intrigue.

« A cette époque, tu retrouves Le Havre sans appétit. Tout y paraît trop étroit face à la démesure de tes aspirations. La mer, toujours imprévisible et sauvage, n’échappe pas au scalpel de tes récriminations. »

J’ai aimé le ton juste, le travail sur la langue des personnages, les échos nombreux tout au long du récit et ce cri de vie et d’amour d’une génération écorchée vive. Astrid Manfredi crée une ambiance particulière où le brouillard des incertitudes permet de révéler l’essentiel de l’existence.
Un roman coup de poing et coup de cœur.

Astrid Manfredi, Havre Nuit, Belfond, février 2017, 244 pages, 18 euros 

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4 commentaires sur « Astrid Manfredi : « Havre Nuit » »

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