Cécile Coulon : « Trois saisons d’orage » #prixorangedulivre2017

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Présentation de l’éditeur :  » « Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d’une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu’il en reste. » Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis. « 

J’ai pu lire ce roman grâce à lecteurs.com et ma chronique a été publiée initialement sur ce site.

Cécile Coulon, la plus prometteuse des jeunes auteurs français, publie un 6e roman où liens familiaux et magnétisme des Trois-Gueules tissent une fresque originale entre roman naturaliste et roman de moeurs.

Après deux ans de silence, elle revient, à contre courant des romans actuels mêlant exofiction et autofiction, avec une saga familiale digne d’Emile Zola où les descriptions de la réalité et du contexte physiologique de trois générations rendent le texte vivant et puissant. On ressent tout le travail de l’auteure sur le « lieu » en tant que concept et la ruralité en opposition avec la ville et son effervescence. La mise en perspective du milieu où vivent les personnages comme l’une des raisons de leurs comportements en fait une étude sociale très réussie.

« Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d’une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. »

On entre dans ce roman avec facilité tant le style est fluide mais travaillé, direct mais construit.  Le lecteur est directement happé par cette saga familial qui débute avec André. Quand André quitte Lyon pour s’installer aux Fontaines, c’est pour mieux fuir quelques démons et l’agitation de la ville qui le fatigue. L’arrivée aux Fontaines est très contrastée avec sa vie d’avant. Le village va finalement patiemment l’assimiler comme l’un des siens et son activité de médecin de campagne y est bien sûr pour beaucoup car qui soigne les corps connait aussi les âmes.

« Aux Fontaines, on croyait toujours que le danger venait de l’extérieur, qu’on aurait le temps de l’appréhender, personne ne posait la question des tremblements intérieurs, des mouvements sous la surface, le soir, quand les cloches se taisaient. »

Bénédict, le fils d’André va reprendre l’activité de son père et s’installer avec lui à La Cabane, une maison sur les Haut-Bois qui sera le théâtre de bien des rebondissements et de surprenantes révélations. Bérangère enfin, la fille de Bénédict et Agnès, et la petite-fille d’André est née aux Trois-Gueules. Elle bénéficie alors d’un droit du sol particulier et cela change tout dans son intégration à la vie du village. Respectée et aimée, elle portera néanmoins sur ses épaules tout le poids des erreurs de ses aïeuls. Mais Bérangère est aussi le personnage qui permet d’aborder la légèreté des amours adolescents et la nostalgie des personnages plus âgés sur ce temps révolu.

« Valère était tombé amoureux de sa capacité à trouver sa place, à l’occuper pleinement. elle était différente, si sûre d’elle, de son pouvoir sur Les Fontaines, de sa famille. »

Mais « Trois saisons d’orage » c’est aussi et surtout un hymne à la nature, aux bruissements des feuilles, à la couleur d’un ciel, aux odeurs du petit jour. On retrouve dans ce roman la Cécile Coulon, amoureuse des grands espaces qui permettent de révéler l’humain dans toute sa vérité.

Mêlant histoire intime, dimension sociale, hymne à la nature et tout cela avec une forte dimension transgénérationnelle, le roman de Cécile Coulon est diablement bien maitrisé. A chaque page, le suspense croît et l’art du récit entraine le lecteur dans un moment de fiction salvateur, telle une bouffée d’oxygène dans un monde pollué de considérations nombrilistes voire nihilistes.

Cécile Coulon, Trois saisons d’orage, Viviane Hamy, janvier 2017, 272 pages, 19 euros

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7 commentaires sur « Cécile Coulon : « Trois saisons d’orage » #prixorangedulivre2017 »

  1. J’aime beaucoup Cécile Coulon, j’ai lu 6 de ses livres. Je suis un peu à contre courant aussi, car pour moi ce n’est pas le meilleur de ses livres, trop de directions pour un seul roman. Mais je crois que c’est celui qui remporte le plus de succès et tant mieux, c’est mérité !

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