Maud Simonnot : « La nuit pour adresse »

Maud Simonnot rend un hommage majestueux à ces années folles, ces années où tout était possible, où il était urgent de vivre quitte à se brûler les ailes.

Proche de la biographie romancée, elle donne à entendre la voix singulière de Robert McAlmon, un expatrié qui a fait vibrer la nuit parisienne de ses folies et le monde littéraire par son nez pour dénicher les grands talents.

Indéniablement dans l’air du temps, flirtant avec panache avec les surréalistes, Mac devient bien plus qu’un américain à Paris. Avec Hem (Hémingway), Cocteau, Joyce ou Man Ray, il est au cœur d’une époque où l’on se perd dans l’espoir de se (re)trouver.

De ses amitiés à ses choix éditoriaux, de sa solitude d’homme libre à ses rêves de grandeurs, l’auteure saisit tous les contrastes d’une génération mais surtout d’un homme libre.

« Une fois, en regardant ces deux représentants de la jeune garde descendre la rue de l’Odéon côte à côte, Joyce avait confié à Sylvia que les apparences étaient mensongères. Même si Hemingway essayait de jouer au dur et si McAlmon cultivait sa réputation de garçon sensible, la vérité s’inscrivait au revers des évidences. »

Une large place est également faite au jazz et à tous ces bars, lieux de nuits qui ont fait la renommée de Paris de part le monde.

« McAlmon avait depuis longtemps une passion pour cette musique libérée qui avait tout réinventé, elle aussi. »

Maud Simonnot est éditrice chez Gallimard et cela se sent dans le roman qui souligne les relations entre éditeur et auteur. L’accent est également porté sur la fragilité du travail d’édition tant du côté de la viabilité financière que du côté l’établissement d’une confiance réciproque avec l’auteur.

J’ai aimé le ton, la grâce de l’écriture et cette ambiance si bien restituée du café de Flore à Montparnasse. Richement documenté et articulé autour de citations de personnes qui l’ont côtoyé, « La nuit pour adresse » est un portrait vibrant et fort d’un homme de convictions comme il n’en existe plus beaucoup. L’auteure possède ce don de redonner vie à une époque et d’emmener son lecteur par la main.

Si McAlmon a été quelque peu oublié, Maud Simonnot le fixe à jamais comme un de ces personnages flamboyants et inspirants dont nous avons tant besoin.

Présentation de l'éditeur : "Robert McAlmon avait tout pour devenir une légende. Marié à la fille de l’homme le plus riche d’Angleterre, parrain des Américains expatriés à Paris, cet écrivain surdoué fut l’ami de Kiki, de Man Ray, d’Aragon, l’amant de Nancy Cunard et de John Glassco. Dans le tourbillon des années 1920, il était le centre des nuits de Montparnasse, celui auquel on faisait appel pour sortir un artiste de prison, trouver de la drogue ou organiser un kidnapping. 
Soutien inestimable pour Joyce et Gertrude Stein, McAlmon fut aussi le premier éditeur de Hemingway, à qui il fit découvrir l’Espagne. Leur amitié virile rapidement transformée en rivalité allait cristalliser la mélancolie de cet éternel vagabond. 
En suivant les pas de son héros, Maud Simonnot nous entraîne dans l’envers du décor de la Génération Perdue au fil d’un récit vif, émouvant, qui redonne sa place à Robert McAlmon et tente d’élucider le mystère de son effacement."

[ Un article est publié en parallèle de cette chronique sur le site lecteurs.com dans le cadre des explolecteurs. ]

Maud Simonnot, La nuit pour adresse, Gallimard, mars 2017, 264 pages, 20 euros

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2 commentaires sur « Maud Simonnot : « La nuit pour adresse » »

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