Antoine Bello : « L’homme qui s’envola »

Antoine Bello a publié 7 romans dont la trilogie « Les falsificateurs ». Son œuvre s’inscrit fortement dans un monde actuel où il passe à la loupe l’équation entre progrès et développement personnel.

Dans son dernier roman, Antoine Bello a réussi à m’accrocher en quelques pages seulement. Avec un style franc, direct il cerne aussi bien les tourments intimes de ses personnages que les enjeux sociaux et économiques d’une entreprise en pleine expansion.

Son personnage principal, un quarantenaire à qui tout sourit, est esquissé avec délicatesse et finesse. Walker est l’archétype de l’homme accompli sur tous les plans : il est à la tête d’une entreprise florissante et d’une famille unie, il entretient une excellente forme physique et possèdes des capacités intellectuelles rares. Mais alors qu’est ce qu’il ne va pas ?

« L’argent, Walker s’en foutait. Il en avait plus qu’assez. La vraie richesse, le seul bien qui ne s’achetait pas, c’était le temps. Il savait où passait chaque seconde de ce précieux combustible et cherchait constamment des façons d’en tirer un meilleur rendement. »

L’homme moderne que dépeint l’auteur court après le temps, la vie et souffre d’un profond mal être. J’aime profondément le titre du roman, qui évoque à la fois la mort (ne dit on pas de quelqu’un de décédé qu’il s’est envolé) et Superman (le super héros avec une cape qui fait régner l’ordre et sauve le monde). Walker étouffe dans sa vie, les obligations pèsent au quotidien. L’engrenage est décrit avec précision et le suspense est grandissant à mesure que la traque à l’homme s’intensifie dans la 2e partie du roman.

 » Sa tête lui soufflait de rester, son cœur était auprès de sa famille, mais ses tripes avaient décidé pour lui. L’inconnu l’appelait, c’était une question de vie ou de mort. Il préférait vivre avec le remord d’être parti qu’avec le regret d’être resté. »

Multipliant les points de vue de ses personnage, l’auteur donne ainsi accès aux pensées intimes des trois personnages principaux : il y a bien sûr Walker qui raconte son histoire, Sarah, sa femme dont nous avons des retranscriptions de son journal intime et Sheperd, le détective privé dont le journal de bord piraté sur le net est retranscrit. Les différentes tonalités, les recherches d’un langage propre à chaque personnage donne une polyphonie de voix complémentaires. Comme Antoine Bello ne tranche aucunement le sujet et n’émet pas de jugement sur son (anti)-héros, c’est au lecteur de choisir son camp !

« Il ne m’a pas seulement privée d’avenir, il m’a aussi volé mon passé. Même les bons souvenirs en sont peut-être des mauvais. Ma vie est devenue une mascarade où je ne suis plus sure de rien, où le vrai et le faux se confondent. »

L’écriture très visuelle d’Antoine Bello, l’enchaînement des actions ancrent le roman dans un style cinématographique. C’est très réussit. Voici un roman qui pose les questions essentielles de l’épanouissement personnel face aux nombreuses responsabilités imposées par la société.  L’auteur dénonce l’aliénante vie actuelle où l’on doit de plus en plus être disponible aux autres au détriment de ses aspirations personnelles et ouvre le chemin vers une liberté choisie.

Présentation de l'éditeur : " Walker a tout pour être heureux. Il dirige une florissante entreprise au Nouveau-Mexique et sa femme, la riche et belle Sarah, lui a donné trois magnifiques enfants. Et pourtant, il ne supporte plus sa vie. Entre sa famille, son entreprise et les contraintes de toutes sortes, son temps lui échappe. Une seule solution : la fuite. Walker va mettre en scène sa mort de façon à ne pas peiner inutilement les siens.
 Malheureusement pour lui, Nick Shepherd, redoutable détective spécialisé dans les disparitions, s’empare de son affaire et se forge la conviction que Walker est encore vivant. S’engage entre les deux hommes une fascinante course-poursuite sur le territoire des États-Unis. En jeu : la liberté, une certaine conception de l’honneur et l’amour de Sarah.
 L’homme qui s’envola, balayé par le grand souffle de l’aventure, est aussi un récit pénétrant sur la fragilité des réussites humaines.  "

Antoine Bello, L’homme qui s’envola, Gallimard, mai 2017, 320 pages, 20 euros

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