Delphine Bertholon : « Cœur-naufrage »

Delphine Bertholon est une talentueuse auteure qui trace une très belle route aux lisières de l’émotion, de la prise de conscience collective et la réconciliation avec soi.
Dans ses romans, être soi n’est jamais simple. Dans Grâce, c’est le poids des ans et l’insolence de la jeunesse qui sont le meurtrier d’une famille sans histoire. Dans Le soleil à mes pieds, c’est le destin de deux sœurs au bouleversant secret. Dans Les corps inutiles, c’est le poids du silence qui a eu raison d’une jeune fille.

Ici, avec Coeur-naufrage, Delphine  Bertholon détricote une vie faite de choix, de renoncements et de rêves enfouis.

Alternant passé et présent avec maestria, l’auteure crée rapidement une atmosphère très particulière qui a le mérite de captiver son lecteur. Bien sûr, il y a un secret comme dans chaque roman de la jeune femme. A croire que l’on ne se comprend bien quand se cachant. C’est un peu le cas de Lyla qui se tapit derrières les mots des autres dont elle assure la traduction pour une maison d’édition et de Joris qui répare les corps alors que le sien porte les marques d’une enfance fracassée.

« De manière générale, je suis quelqu’un qui attend. J’attends que le jour se lève, que la nuit tombe, que la terre s’ouvre en deux. J’attends qu’on me téléphone et quelquefois, je ne réponds même pas. J’attends le serveur du bistrot d’à côté, puis j’attends mon verre, puis mon second verre. J’attends les miracles, les langues exotiques, les licornes zébrées. Le nez levé au ciel quand la nuit s’évapore, j’attends l’étoile filante ou une manifestation extraterrestre. Je m’attends moi-même, régulièrement, quand ma pensée se perd et que je me retrouve debout au milieu de la cuisine, où je m’étais pourtant rendue pour une raison précise mais que j’ai oubliée en passant devant la fenêtre. « 

Lyla et Joris, les deux personnages principaux, sont touchants, universels dans leurs doutes, leurs joies, leurs abandons. Il se dégage quelque chose de très doux, une humanité bienveillante exempt de jugement, un souffle apaisant à la lecture de ce roman. Les étincelles surgissent aux détours d’une page, nous laissant pantois devant cette justesse de ton, ces métaphores jamais lues mais qu’on aurait pu écrire soi-même.

« Je vis avec cette chose-là depuis dix-sept ans, tapie au fond des os comme une excroissance dont je suis seule consciente, une boule de douleur brûlante comme un soleil. Cette chose-là m’a construite, définie, aggravée, et le sentiment d’avoir pris la bonne décision ne rend pas le présent plus facile. « 

Delphine Bertholon est une nostalgique. Une nostalgique mi-triste, mi-gaie de l’adolescence et ses promesses oubliées. En explorant le passé et les regrets qu’il génère, elle parvient à réinventer les possibilités d’un avenir figé par la grâce d’une écriture définitivement libre où elle n’a rien plus rien à prouver. Ce roman fait bien fou et je suis sûre que vous ne pourrez pas le lâcher avant de l’avoir terminé !

« Les souvenirs sont des fragments qui apparaissent tantôt ici et tantôt là, au passé, au présent, n’importe comment. Des images, des sensations, des bribes, des flashs. »

Présentation de l'éditeur : "« Certains jours, je m’attends des heures 
et ne me rejoins jamais. » 
À bientôt trente-quatre ans, Lyla est tenaillée par le sentiment de passer 
à côté de l’existence. Elle enchaîne les fiascos amoureux, accumule les 
névroses et attend, sans trop savoir quoi. Jusqu’au jour où un étrange 
message la ramène dix-sept ans en arrière. Cet été-là, sur la côte basque, 
tout allait basculer…

Delphine Bertholon, Cœur-naufrage, Lattès, mars 2017, 304 pages, 20 euros

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