Chut c’est un secret avec Gaëlle Nohant

J’ai découvert Gaëlle Nohant avec son dernier roman « Légende d’un dormeur éveillé« . Il s’agit de son troisième et il me tarde de rattraper mon retard car on décèle dans les lignes de cette auteure une furieuse envie de partage et un réel talent de conteur.

©David Ignaszewski/Koboy

  1. Comment êtes-vous venu(e) à l’écriture? D’où vous en vient l’envie?

Je suis venue à l’écriture par la lecture. J’ai dévoré les livres dès ma petite enfance, c’était un monde de liberté, d’école buissonnière. J’ai lu Jane Eyre à 8 ans et ce roman a été une révélation. Je l’ai terminé et je me suis dit : « Voilà ce que je veux faire, écrire des romans. » J’ai pensé : « Charlotte Brontë y est arrivée, je peux y arriver aussi. » Evidemment j’ignorais tout de Charlotte Brontë et de la singularité de son talent, de son destin. Mais pour moi l’écriture est venue comme une vocation qui ne m’a jamais abandonnée, malgré les embûches et les doutes, les périodes de désert… J’ai pensé souvent à arrêter d’écrire, j’ai essayé, je n’y suis jamais arrivée, parce que l’écriture m’est vitale. Sans elle, je me sens comme une écorce vide.

  1. Quel est votre plus beau souvenir d’auteur?

Je crois que mon plus beau souvenir, c’est le jour récent où ma fille de 12 ans a fini mon premier roman, « L’Ancre des rêves ». C’était le premier livre qu’elle lisait de moi. Elle m’a dit : » Tu sais, ton livre, je l’ai trouvé effrayant mais je l’ai adoré. Je n’ai même pas envie d’en lire un autre, tellement il m’a plu. Je crois que j’ai envie de le relire. » Elle a ajouté qu’elle était fière de moi, et je dois dire que j’en suis encore émue.

  1. Que pensez-vous de cette citation de Fernando Pessoa « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas »?

Je crois que c’est assez vrai, en tout cas je le ressens.  Pour moi, écrire c’est avoir quantité d’autres vies, me plonger dans les destins des autres, anonymes ou célèbres comme dans mon dernier roman, mener des existences parallèles pendant les années de l’écriture d’un roman. Ces vies parallèles se mélangent à la mienne, la bouleversent et l’enrichissent. Je ne pourrais pas m’en passer. Je viens de passer 2 ans avec Robert Desnos et ses merveilleux amis, et là je me sens orpheline, il me tarde que d’autres personnages s’invitent dans ma vie. Et en même temps ma tête est encore pleine de Desnos, il ne me quitte pas. Il m’a rendue plus heureuse et plus optimiste. A son contact j’ai appris que le bonheur n’existe qu’au présent, que c’est là qu’il faut s’efforcer de le chercher, de l’accueillir, sans attendre que les circonstances soient idéales. Donc je peux dire que mes personnages m’aident à mieux vivre, d’un livre à l’autre. Ils ont quelques longueurs d’avance sur moi !

  1. Quel livre aimez-vous offrir?

Parmi les livres que j’ai beaucoup offerts, il y a « La chambre des officiers » de Marc Dugain, un livre sur la joie de vivre coûte que coûte, la solidarité, l’amitié. Mais aussi « Confiteor » de Jaume Cabre qui est un monument, un livre comme on croise rarement dans une vie de lecteur, qui m’a éblouie. Et puis « Une vie après l’autre » de Kate Atkinson, une vraie prouesse littéraire et romanesque mais surtout un roman plein d’humanité, de profondeur. J’offre toutes sortes de livres, mais j’essaie avant tout de faire des choix personnalisés en fonction de la personne à laquelle ils sont destinés.

  1. Quels sont vos projets littéraires?

Pour l’instant je n’en ai aucun ! J’ai mis toutes mes forces dans « Légende d’un dormeur éveillé », l’écriture de ce roman a été très intense, passionnante et épuisante. Je suis comme une terre brûlée qu’il faut laisser reposer, en jachère. Je ne sais pas comment me viennent mes sujets. C’est assez mystérieux, mais chaque livre est une histoire d’amour et j’ai du mal à m’en détacher, c’est comme un deuil à faire. Entre deux romans, j’ai toujours peur que « ça ne revienne jamais ». Parce qu’en réalité j’ai le sentiment que même si je travaille beaucoup, je ne maîtrise pas mon écriture. Elle m’échappe, comme les sources de mon inspiration. Finalement, le travail ne sert qu’à être le « récepteur » de ce mystère. L’accueillir et me mettre à son service pendant quelques années, le temps qu’il faudra. Laisser des personnages investir mon cerveau, accaparer mes pensées et mes rêves, s’installer chez moi comme chez eux, et leur laisser toute la liberté de se développer, de raconter leur histoire. Si je maîtrisais ce processus, ce serait plus confortable mais tellement moins intéressant, moins riche, que je préfère l’incertitude et le mystère.

  1. Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posé à laquelle vous auriez aimé répondre? Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

Peut-être juste dire que plus j’écris, et plus je laisse de place à l’inconscient. C’est mon premier roman, l’Ancre des rêves, qui m’a appris à lui faire confiance. Je suis partie au hasard, je n’avais que les personnages principaux et pas d’histoire, j’ai décidé de les suivre où ils m’emmèneraient et l’histoire s’est déployée, déployée, avec une cohérence étonnante. Et c’était grisant de voir l’histoire se construire sous mes yeux, au fur et à mesure, comme si j’en étais la spectatrice. Depuis je lâche la bride à mon inconscient, et même dans mon dernier livre, où pourtant j’avais la trame générale avant même de commencer l’écriture, j’ai laissé une grande place à mes intuitions et je ne l’ai pas regretté.

  1. J’allais oublier… avez-vous un secret à nous confier?

Dans mon dernier roman, je rends hommage à Desnos et aux surréalistes qui m’accompagnent depuis l’adolescence. Les rencontrer a été fondamental dans ma vie et dans mon écriture. A leur contact, j’ai appris à être réceptive au hasard, au destin, aux rencontres. Dans l’Ancre des rêves, je devais raconter des cauchemars et ils devaient être effrayants. Je me suis plongée dans une forme d’auto hypnose, pour les écrire, inspirée par l’écriture automatique. Je me souviens que ce n’était pas facile à provoquer, mais que lorsque j’y parvenais, des heures d’écriture passaient comme des minutes. Et quand je relisais ce que j’avais écrit, c’était comme si je découvrais des textes écrits par une autre personne. C’était assez fascinant ! Je n’ai jamais recommencé mais  j’en garde le souvenir d’un plaisir d’écriture vertigineux.

 

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2 commentaires sur « Chut c’est un secret avec Gaëlle Nohant »

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