Évelyne Pisier, Caroline Laurent : « Et soudain, la liberté » #RL2017

Caroline Laurent a le don de révéler, d’accoucher les mots des autres, elle est un « éditeur garagiste »comme elle se plaît à le dire dans les premières pages du livre. Les rencontres et leurs aléas lui ont fait traverser le miroir et devenir écrivain. Ce premier roman, d’une authenticité folle, d’une justesse de ton rare et d’un allant plein de grâce est pour moi, je veux le croire, le signe de la naissance d’un grand écrivain de ce siècle.

La genèse de la création de ce roman particulier est racontée par Caroline Laurent qui  commente, justifie, illumine la narration par ses interventions et ses adresses au lecteur. Cette manière de procédé m’évoque « Rien ne s’oppose à la nuit » de Delphine de Vigan. Elle y interrogeait en effet, la création littéraire et son rapport à l’authenticité et à l’intime.

Ici, il est question d’une amitié particulière, de ce genre de rencontre qui illumine une vie, la renverse et lui donne un sens nouveau. Évelyne Pisier et Caroline Laurent se rencontrent, la relation auteur/éditeur passe quelque peu au second plan pour laisser naître une belle amitié. Et c’est au nom de celle ci que Caroline terminera le livre alors qu’Évelyne disparaît à 75 ans.

« L’intensité d’une amitié, ça vous fait une joie pour mille ans, c’est comme un amour, ça vous rentre par le nombril et vous inonde tout entier. Ça ne se mesure pas en mois. »

Évelyne Pisier a vécu une vie rocambolesque, de L’Indochine, à Nouméa, en France et à Cuba. L’histoire en marche, l’éveil au féminisme, la libération sexuelle et même Fidel Castro s’invitent au cœur de ce roman qui retrace non seulement le destin d’une femme extraordinaire mais trace en filigrane une réflexion sur les grands changements d’une société en pleine mutation.

Les deux femmes font le choix de la fiction pour évoquer le destin d’Évelyne. Le double littéraire de cette dernière se nomme Lucie, et ce choix de prénom qui évoque la lumière ne doit à mon avis rien au hasard tant ce personnage rayonne et ouvre la voie à la réflexion. La mère d’Évelyne sera Mona Desforêt, femme soumise à son mari fait décoration jusqu’à qu’ils s’installent à Nouméa et qu’elle pousse la porte d’une bibliothèque. Là, la bibliothécaire lui fait découvrir « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir et par ricochet le féminisme. Dès lors, fini le bovarysme et bienvenue à la naissance d’une conscience qui annonce le début de la liberté.

Un roman touchant comme une confidence, beau comme un mausolée et inspirant comme un traité.

Présentation de l'éditeur : "Mona Desforêt a pour elle la grâce et la 
jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais 
entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays 
brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un 
maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en 
Nouvelle-Calédonie. À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, 
le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona 
bovaryse. Jusqu'au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. 
C'est la naissance d'une conscience, le début de la liberté. De retour en 
France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats 
féministes : droit à l'avortement et à la libération sexuelle, égalité 
entre les hommes et les femmes. À cela s'ajoute la lutte pour la 
libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n'a qu'un rêve : partir 
à Cuba. Elle ne sait pas encore qu'elle y fera la rencontre d'un certain 
Fidel Castro... Et soudain, la liberté, c'est aussi l'histoire d'un 
roman qui s'écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le 
portrait d'une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline 
Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait 
pu s'arrêter en février 2017, au décès d'Evelyne. Rien ne s'arrêtera : 
par-delà la mort, une promesse les unit."

Caroline Laurent, Evelyne Pisier, Et soudain la liberté, Les escales, août 2017, 448 pages, 19.90 euros

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2 commentaires sur « Évelyne Pisier, Caroline Laurent : « Et soudain, la liberté » #RL2017 »

  1. Bonjour Bénédicte
    Cette critique reflète parfaitement ce roman que j’ai eu la chance de lire en tant que lecteur de chez cultura
    Et je vous remercie de l’avoir partagé sur Twitter et cela m’a permis de découvrir votre blog
    Je vois que vous êtes juré du Grand Prix des lectrices de Elle 2018 et du prix Orange 2017
    Savez vous si ce livre est en lice pour ce ou ces prix
    Et quel est votre avis ?

    J'aime

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