[calendrier de l’avent littéraire] J12 Le conseil d’Arnaud Dudek

Pour ce jour 12, c’est Arnaud Dudek qui nous conseille un livre à glisser sous le sapin.

Revoir Marceau de Romain Meynier, Cambourakis, 15 euros

Enfermé dedans

Je ne dois pas avoir plus de cinq ans lorsque, à cause du vent sans doute, la porte d’un appartement claque. La clé est du mauvais côté : je me retrouve ainsi prisonnier d’un palier – enfermé dehors, comme le dit si bien Albert Dupontel. La scène se déroule au sixième étage d’un immeuble fort peu joyeux que d’obscurs promoteurs ont eu la mauvaise idée de baptiser Les Tourterelles – qui croit encore qu’on peut colorer une tour de béton en lui donnant un joli nom ? Sur le palier, je ne suis pas seul : ma grand-mère est avec moi, la situation la tétanise, elle pense aux poissons panés qui dorent dans la poêle, elle pense à l’incendie qui ne va pas tarder à se déclarer. Elle finit par reprendre ses esprits,sonne chez des voisins, compose le dix-huit. Les pompiers ne sauvent pas les poissons panés mais évitent l’incendie. Fin de l’histoire.

Le narrateur de Revoir Marceau se retrouve, lui, enfermé dedans. Ce n’est pas pire, ce n’est pas mieux. Enfin si, un peu mieux, parce qu’il peut sortir par la fenêtre. Le point de départ est absurde, donc. La femme qui a enfermé le narrateur s’appelle Marceau ; le théâtre de l’enfermement est une vieille maison, quelque part en Lozère. Tout porte à croire que Marceau s’est enfuie, oui, elle a quitté son amoureux en Fiat et l’a en quelque sorte puni à double tour. Le héros tombe des nues, il n’avait rien vu venir. Il tente de joindre Marceau, mais le réseau mobile est déplorable. Alors commence une sorte d’errance existentielle, comme les affectionne Christian Oster – probable influence majeure de Romain Meynier, qui signe là son premier roman. Cahin-caha, le héros s’attarde un peu dans le village, fait du co-voiturage avec un étonnant curé, raconte sa vie aux adolescents qu’il rencontre dans une auberge de jeunesse, prend un train qui tombe en panne, achète une raquette de badminton… Le roman est réussi car l’auteur nous fait rapidement aimer son personnage central, caustique et nonchalant, perdu et touchant.  Le roman est réussi car l’auteur a un ton, une plume. Si j’aimais enfoncer les portes ouvertes, j’écrirais sans doute qu’il s’agit là d’une splendide entrée en littérature.

A signaler aussi, le blog de l’auteur, Ceci étant dit : http://romainmeynier.tumblr.com/

En savoir plus sur l’auteur ?

Arnaud Dudek a publié 4 romans. C’est par son dernier roman, Les vérités provisoires que j’ai découvert son univers délicat autour d’une disparition. Si vous souhaitez découvrir quelques un de ses secrets, c’est ici.

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