[calendrier de l’avent littéraire] J14 le conseil de Gaëlle Nohant

Pour ce Jour 14 du calendrier c’est Gaëlle Nohant qui nous présente son coup de cœur à glisser sous le sapin !

Devenir Carver de Rodolphe Barry, Finitude, 21 euros

Dans ce roman, Rodolphe Barry fait le portrait d’un homme et d’un écrivain : Raymond Carver.  Il fallait beaucoup l’aimer, pour y parvenir.

« A un certain âge et dans les moments importants de sa vie, la question, quand on se regarde dans la glace, c’est : est-ce que j’ai trahi ou abandonné l’enfant que j’étais ? » (Carver)

C’est l’histoire d’un enfant qui s’est fait une promesse : devenir écrivain.  Il vit dans un trou paumé de l’Oregon, son père est ouvrier dans une scierie, sa mère bosse comme serveuse. Chez eux, on ne lit pas de livres. La vie suffit, terre à terre, laborieuse. Et voilà que le môme attrape la vocation d’écrire. Il n’en démordra pas, malgré les galères qui s’accumulent. Parce qu’à Klamath les filles ne prennent pas la pilule, sa première petite amie tombe enceinte et Ray devient père à 19 ans. Il l’épouse, assume ses responsabilités, une vie de famille qui l’oblige à cumuler deux boulots (la fac le jour, la scierie la nuit) pour le privilège d’écrire ses premières nouvelles sous les marches de l’escalier, après avoir changé les couches du petit dernier. Le prix de sa vocation, ce sont des nuits courtes et des journées épuisantes, c’est l’alcool et la clope sur lesquels il s’arc-boute pour tenir et qui l’aliènent sournoisement. C’est le complexe de l’autodidacte devant un éditeur qui s’autorise de son titre pour raboter ses textes, en changer la fin. Ce sont quarante années à vivre à côté de la vie qu’on s’est promise, comme un acteur condamné à rester en coulisses.

Il peut paraître amer, ce prix… Et pourtant Ray y arrive, à force d’opiniâtreté et de travail, de batailles homériques contre ses démons, il gagne sa place parmi ses pairs. Il se fait un nom,  le voilà sur son axe et tout à coup il respire, ses poumons se déplient, il peut désormais regarder le monde d’un œil plus doux, celui de ceux qui ont appris que « meilleur on est, plus on est bienveillant envers toutes choses. » Les fardeaux du passé s’allègent, le présent se fait intense et lumineux, il rencontre une femme qui le réconcilie jusque dans ses morceaux brisés. Il ne l’a pas volé, ce bonheur. Il l’a construit avec un seul mantra : « Il faut travailler, travailler. Avec amour, avec foi. »  Et même s’il doit être court, il compte bien en savourer chaque seconde. Après tout, aucun diagnostic médical ne peut arrêter un homme qui a déjà eu au moins deux vies, qui est capable de se réinventer chaque jour en aimant « tout ce qui le grandit. »

Voilà un roman passionnant qui nous attache à un artiste humain et attachant, nous émeut à chaque page et nous rappelle qu’une vocation artistique est une quête mystérieuse et exigeante, un chemin où la vie et l’œuvre doivent progresser à l’unisson.  Qu’il faut être têtu, infatigable et courageux pour tenir les promesses qu’on s’est faites dans l’enfance. Mais que le jeu, toujours, en vaut la chandelle.

En savoir plus sur Gaëlle Nohant ?

J’ai découvert Gaëlle Nohant avec son dernier roman « Légende d’un dormeur éveillé« . Il s’agit de son troisième et il me tarde de rattraper mon retard car on décèle dans les lignes de cette auteure une furieuse envie de partage et un réel talent de conteur. Si vous voulez connaitre quelques un de ses secrets, c’est ici !

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