Chut c’est un secret avec Frédéric Aribit

Frédéric Aribit a publié des essais sur les surréalistes et deux romans magnifiques qui portent quelques-unes des principales interrogations de ce courant littéraire. Le mal des ardents m’a énormément touchée. L’amour fou ? Qui n’a pas rêvé un jour d’une rencontre aussi brûlante qu’intrigante, aux lisières de la folie ? Avec virtuosité et chic, Frédéric Aribit nous entraîne dans une danse enivrante où art et vie s’entremêlent avec furie et passion.

© Melania Avanzato

  1. Comment êtes-vous venu(e) à l’écriture? D’où vous en vient l’envie?
    Julien Gracq disait que la question n’est pas de savoir comment on commence à écrire, mais plutôt pourquoi on s’arrête. Le fait est que j’ai toujours écrit, depuis très longtemps, un journal intime au collège, des rédactions pour les profs, des poèmes d’amour ou des lettres enflammées. Un roman assez catastrophique au lycée, aussi. Je crois que nous sommes nombreux dans ce cas-là. Et puis à un moment, chez beaucoup, la machine se grippe, et la barque de l’écriture se fracasse contre la vie courante. Pour ce qui me concerne, cela n’a pas été totalement le cas. J’ai écrit une thèse sur André Breton et Georges Bataille, dirigée par Jean-Yves Pouilloux, que j’ai ensuite remaniée, écourtée et publiée. Ce livre est donc ma première publication, mais certainement pas mes débuts en écriture.
  1. Quel est votre plus beau souvenir d’auteur?
    Je me souviens de mon premier rendez-vous chez Belfond, avec Magali Brénon, qui a édité mon premier roman. Le manuscrit bourré d’annotations, posé sur son bureau. Et le contrat d’édition qu’elle m’a tendu, avec un sourire d’une bienveillance inouïe. Ce sont des moments qu’on n’oublie pas.
  1. Que pensez-vous de cette citation de Fernando Pessoa « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas »?
    J’adhère absolument. A condition peut-être d’accepter que la citation soit réversible, et qu’elle reste simultanément vraie dans les deux sens. Non, la vie ne suffit pas, la vie ne suffit jamais et l’art, la littérature, la musique, existent comme des sommations pour nous rappeler qu’autre chose est possible. Mais eux-non plus ne suffisent pas, et n’ont d’intérêt que si cette sommation qu’ils nous adressent se reverse ensuite dans la vie, comme par un effet de vases communicants. Car la vie est aussi la preuve que la littérature ne suffit pas non plus. De sorte qu’à la citation de Pessoa, je préfère celle-ci, de Robert Filliou : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. »
  1. Quel livre aimez-vous offrir?
    J’aime offrir de la poésie. Un beau livre de poésie illustrée, par exemple les magnifiques « Constellations » d’André Breton et Joan Miró, dont on peut voir quelques planches dans son merveilleux musée de Barcelone.
  1. Quels sont vos projets littéraires?
    Je viens de participer à un projet de série documentaire qui sera peut-être tournée l’année prochaine pour Arte. Sans en dire davantage encore, j’y propose un numéro qui porte sur les querelles au sein du groupe surréaliste. Sinon, je viens d’écrire un texte pour le « Dictionnaire critique Georges Bataille », qui sera publié en septembre, dans la collection des Cahiers. Et je commence à rassembler des idées, des notes, pour mon prochain roman. Je ne suis pas encore capable d’en dire grand-chose, mais il devrait mettre en perspective les désillusions amoureuses d’un narrateur contemporain avec une figure majeure mais oubliée du XXe siècle, un personnage dont je préfère encore taire le nom, mais dont l’idéalisme romanesque a traversé les grands combats du siècle de façon totalement rocambolesque.
  1. Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posé à laquelle vous auriez aimé répondre? Souhaitez-vous ajouter quelque chose?
    Le dernier livre que j’ai aimé, peut-être, puisque lire, c’est partager. Je citerais alors le recueil de nouvelles de Marc Villemain, « Il y avait des rivières infranchissables » (Joëlle Losfeld), d’une délicatesse, d’une tendresse rares. La dernière nouvelle notamment est absolument bouleversante.
  1. J’allais oublier… avez-vous un secret à nous confier?
    Les livres sont les seuls secrets qu’on peut confier à qui veut bien les lire, et qui restent néanmoins de véritables secrets.

 

 

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