Isabelle Carré : « Les rêveurs »

Des rêves ? Bien sûr que nous en avons tous ! Ils sont une projection, un souhait, un espoir. Mais pour Isabelle Carré, tels qu’elle les présente dans son livre, ils sont d’abord un moyen de réinterpréter le présent et d’envisager le futur. La comédienne ouvre la boîte des souvenirs pour les confronter, les ausculter et les partager avec la générosité et la simplicité d’une confidence.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Grand Prix des lectrices ELLE 2018, il a été sélectionné dans la catégorie roman pour le mois d’avril.

Le lecteur entre sur la pointe des pieds dans une famille que je qualifierais de spéciale, hors-norme, étrange. Beaucoup d’adjectifs se bousculent dans l’esprit du lecteur. L’auteure, quant à elle, ne lui appose jamais d’adjectifs. En revanche, elle exprime son souhait d’avoir une « famille classique ». Dès lors tout est dit de la démarche de la comédienne qui manie la plume avec une simplicité désarmante de sincérité et une absence totale de jugement de ses parents si atypiques.

« Comme la Camille de Musset, je m’exerçais à travers d’autres vies à ne plus avoir peur de la mienne. »

La juste distance, la recréation romanesque sont parfaitement maîtrisées et n’enlèvent rien au charme délicat de l’ensemble. Le regard de l’adulte et de l’enfant se répondent et s’opposent entre l’utilisation du elle et du je.

Je crois qu’on peut sans l’ombre d’un doute rapprocher ce texte de celui des « Confessions » de JJ Rousseau pour son entreprise de clarté et d’authenticité assumée.

Au delà de la sphère familiale, on peut découvrir les références culturelles, cinématographiques, musicales, théâtrales d’une jeune femme de son siècle, dans les années 70/80. On peut y lire aussi un témoignage sur une époque et y déceler peut être une certaine nostalgie.

« Au pied de l’arc en ciel se dissimule toujours un trésor.  » nous répétait mon père. Notre univers avait la texture d’un rêve, oui, une enfance rêvée, plutôt qu’une enfance de rêve.

Isabelle Carré signe un premier roman non seulement sibyllin sur beaucoup d’aspects dont elle seule détient la clé mais aussi délicat, lumineux bien-sûr et empreint de cette énergie douce et bienveillante qu’elle dégage souvent dans ses rôles mais aussi et surtout dans la vraie vie.

« J’écris pour qu’on me rencontre » écrit-elle. Merci pour cette émouvante rencontre et à bientôt dans un prochain roman.

Présentation de l'éditeur : "« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »
 I. C. 
 Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture."

Isabelle Carré, Les rêveurs, Grasset, janvier 2018, 304 pages, 20 euros

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