Nathalie Piégay : « Une femme invisible » #RL2018

Cela fait maintenant plusieurs romans que je lis sur les années folles et les années qui en découlent. L’excellent roman, « La nuit pour adresse » de Maud Simonnot sur Mac Almon, l’attachante « Légende d’un dormeur éveillé » sur Robert Desnos de Gaëlle Nohant et le portrait à quatre mains des soeurs Berest sur leur grand mère, épouse de Picabia dans le roman « Gabriele« . J’aime donc cette époque, cette effervescence créatrice, ces prises de positions fortes des artistes et bien sur la musique d’Eric Satie. Lisez à ce propos l’excellent livre de Stéphanie Kalfon « Les parapluies d’Erik Satie« .
Celui ci s’inscrit dans une singularité car comme son nom l’indique il s’attache à explorer la vie d’une femme de l’ombre, la mère de Louis Aragon.

L’auteure construit le roman autour du personnage de la mère d’Aragon, Marguerite Toucas-Masillon. Par ricochet, on assiste alors à de nombreuses scènes d’enfance, d’adolescence du poète vue par sa génitrice. Ces scènes sont touchantes, bien écrites et originales.

« Ne marche pas pieds nus sur le linoléum », Marie et Claire le répètent chaque jour.
« Ne marche pas pieds nus sur le linoléum. »
Il dira que c’est ainsi que le rythme de l’alexandrin lui est entré dans l’oreille.

Cependant, si le propos du roman est clairement annoncé, l’auteure intervient également en son nom, explicitant les difficultés rencontrées à rétablir l’existence de cette femme invisible.

J’ai aimé le rythme du roman, sa construction. Petit à petit les personnages prennent de la profondeur. Le père d’Aragon devenu son parrain, sa mère devenue sa sœur par peur du qu’en dira-t-on, tout ce flou autour de la naissance est un ressort romanesque largement exploitée par l’auteure.

« Rien n’est vrai, tout est inventé, mais l’enfant est baptisé. Il a tôt compris que la vérité n’existe pas, qu’il faut lui préférer l’entre chien et loup de l’invention. D’autres en auraient perdu la raison. Il y a gagné le battement de l’imagination. »

La passion cachée entre le père et la mère donne lieu à des descriptions très poétiques sur le manque et l’attente. Nathalie Piégay brosse le portrait complexe d’une femme déchirée entre un amour impossible et un enfant dont elle ne peut ouvertement réclamer la maternité. Cette femme trouvera refuge dans l’écriture de feuilleton pour la presse féminin où elle aura loisir de réinterpréter sa vie. Elle aura ainsi l’impression ou l’illusion de se rapprocher de son fils alors qu’elle vit ses derniers jours seule dans le sud de la France.

Ce livre invite à découvrir ou redécouvrir Aragon. Il est une porte ouverte sur la littérature.

J’ai lu ce livre dans le cadre du club des explorateurs sur le site Lecteurs.com

 

Présentation de l'éditeur : « Pourquoi ne pas avoir écrit sur une femme qui a fait oeuvre ? Qui a marqué l'histoire ? Qui a laissé derrière elle autre chose que des bribes et un fils ? Pourquoi m'acharner sur une comparse, sur une figure qui n'apparaît que dans l'ombre que projettent les grands hommes, dans les interstices de leur biographie ? Les feuilles s'entassent sur mon bureau, les livres où je cherche sa trace. Tous parlent de son fils, ou d'Andrieux, le père de l'enfant. Elle n'y apparaît qu'au détour d'une parenthèse, elle est reléguée en note de bas de page… » Dans ce livre, nourri d'une longue recherche, Nathalie Piégay enquête sur celle qui fut la mère cachée d'Aragon. Elle raconte la vie de cette femme libre et la passion qu'elle entretint pour les deux Louis : Andrieux, le père, grand bourgeois parisien, et Aragon, le fils, à qui elle transmit sa passion des arts et de la littérature. Au fil des pages, cette existence invisible et passionnée finit par ressembler à celle d'une autre. L'auteur de ce récit peut-être.

Nathalie Piégay, Une femme invisible, Editions du Rocher, août 2018, 352 pages, 19,90 euros

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