Pauline Delabroy-Allard : « Ça raconte Sarah » #RL2018

A quoi reconnaît-on la naissance d’un écrivain ? A sa voix.
Pauline Delabroy-Allard est donc un écrivain. Un vrai. Avec son premier roman elle offre une peinture moderne et généreuse de l’amour, ou plus exactement de la passion qui consume et transporte, élève et cloue au sol. Démonstration.

Si la première partie est un portrait de Sarah vue par le prisme de la passion, enchaînant les épiphanies et l’explosion des sens et des mots, la deuxième plus grave aborde le désamour et l’exil, les autres grands thèmes littéraires du roman. Roman d’amour, roman d’éducation, « nouveau » roman ? Ce livre enchante par sa dynamique et ses trouvailles stylistiques.

« Je me souviens de ça, de la vie suspendue, de cette vie mise sur pause, où j’étais en apnée, en apesanteur. J’attendais, oui. Je flottais, à travers les jours passaient, je flottais en essayant de faire comme si de rien n’était. Je me réveillais avec la nausée et j’étais fatiguée au milieu de la journée, d’une fatigue impossible, terrassante, comme si c’était moi qui étais partie au Japon. »

Mais qui est Sarah ? Si elle occupe à elle seule la partie centrale de ce roman, sa figure se construit en miroir de celle de la narratrice dont on ne connaît pas le nom. Sarah, personnage énigmatique, personnage fantasmé, personnage de roman ira même jusqu’à s’interroger à l’auteure.

« Ça raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse. »

L’amour décrit par Pauline Delabroy-Allard au rythme des saisons, de la musique, de la fusion et jusqu’à l’étouffement ensorcelle le lecteur pris dans un tourbillon de chapitres courts dans la première partie pour dire l’urgence et le manque, et le laisse chaos dans la seconde partie où les phrases s’amoncellent et s’allongent comme la mélancolie et la tristesse de la narratrice. C’est donc une histoire d’amour entre deux femmes, mais vous le verrez c’est tout à fait secondaire à toute l’architecture dramatique mise en place dans ce premier roman magistral, moderne et inoubliable.

Si Marguerite Duras plane dans ce roman, à travers son évocation « L’amant », « India song », la décès de Yann Andréa, c’est surtout pour l’incroyable proximité de la « moelle » de ces deux auteures à travers leurs interrogations sur les liens entre vie et mort, comme la même composante de l’amour.

Présentation de l'éditeur : "Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S."

Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah, Minuit, septembre 2018, 192 pages, 15 euros

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