Karine Tuil : « Les choses humaines » #RL2019

Des précédents ouvrages de Karine Tuil, je retiens les constructions romanesques implacables, les rebondissements, la finesse psychologique des personnages. Avec cet onzième opus, elle resserre son propos autour d’un drame familial et pose la question du consentement.

Autour des thématiques du sexe, du pouvoir, des médias, des réseaux sociaux, de l’opinion publique et de la justice, Karine Tuil décortique les conséquences sur une famille médiatique d’une affaire de mœurs à l’heure de Me too. Si elle raille par moment, volontiers, les égarements d’un père obnubilé par le paraître et le peur de vieillir, elle ausculte aussi la puissance destructrice de l’image dans une société où les relations sont avant tout une lutte de pouvoir.

Si le titre est un clin d’œil à Proust, l’auteure cite aussi Victor Hugo comme pour mieux ancrer son propos dans une lignée sociale.

« Se hâtant vers la salle Victor-Hugo, elle songea à cette phrase de l’écrivain dans « L’Homme qui rit » : « La vie n’est qu’une longue perte de tout ce qu’on aime. » »

J’ai beaucoup aimé les femmes de ce roman, fortes malgré tout devant les épreuves de la vie. Claire va être soumise à un terrible choix entre l’amour maternel et ses convictions d’intellectuelles.

« Elle avait découvert la distorsion entre les discours engagés, humanistes et les réalités de l’existence, l’impossible application des plus nobles idées quand les intérêts personnels mis en jeu annihilaient toute clairvoyance et engageaient tout ce qui constituait votre vie. »

Ce roman qui aborde plein de questions en profondeur dont celle des valeurs qui soutiennent une vie. Les descriptions du procès d’Alexandre sont à la fois glaçantes et troublantes de vérité. Un roman qu’on ne peut lâcher avant d’avoir lu la fin.

Présentation de l'éditeur  : "Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale. Le sexe et la tentation du saccage, le sexe et son impulsion
sauvage sont au cœur de ce roman puissant dans lequel Karine Tuil interroge le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et nous confronte à nos propres peurs. Car qui est à l’abri de se retrouver un jour pris dans cet engrenage ?

Karine Tuil, Les choses humaines, Gallimard, août 2019, 352 pages, 21 euros 

3 commentaires sur « Karine Tuil : « Les choses humaines » #RL2019 »

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