Christine de Mazières : « Trois jours à Berlin »

Il y a 30 ans, le 9 novembre 1989 allait marquer toute une génération d’européens.  Christine de Mazières convoque la petite histoire pour évoquer la Grande et dépeint les liens forts entre trois jeunes gens à l’aube d’un changement historique : la chute du mur de Berlin. Amitié, rêves et réalité se croisent dans ce premier roman brillant et terriblement incarné.

Répression, soumission, délation sont le quotidien de Tobias et Micha, deux jeunes qui se sont rencontrés au lycée et on fait leur service militaire ensemble. Si l’un est protégé par le statut de son père, engagé auprès du parti, l’autre ne doit compter que sur lui-même pour se tirer des situations invraisemblables.

Christine de Mazière signe un roman court et dense sur trois jours qui ont fait basculer le monde et la vie de plusieurs personnages. Anna, la jeune française amoureuse de la culture allemande me laisser à penser que l’auteure se cache un peu dans ce personnage qui défend la poésie et les livres.

« Quand la vie tourne comme une salle d’attente, quand les hommes finissent par se taire par dégoût du mensonge, lire est un refuge. En toute logique, l’imagination devrait être sous haute surveillance, et les livres de fiction, interdits. Après tout, lire des romans est improductif, c’est une perte de temps, qui procure une forme d’évasion de l’esprit nocif à l’endoctrinement. Et pourtant, le Parti n’a pas proscrit toute la littérature. C’est étrange, à bien y penser, que de laisser les citoyens s’étourdir de poésie, de drames et de comédies, de contes et légendes, de romans policiers et de science-fiction, de dystopies et d’uchronies. Et on s’échange les livres interdits sous le manteau. Toutes ces heures passées à oublier l’Etat des ouvriers et des paysans en lisant, toutes ces heures à s’évader par l’imagination. Dans nul autre pays au monde, on ne lit autant. »

Multipliant les points de vue et les voix, l’auteure signe un roman choral où Cassiel, l’ange des « Ailes du désir » va venir planer et apporter une touche de poésie essentielle à l’équilibre émotionnel du livre.

Les scènes collectives au poste frontière, sont fortes, vibrantes. L’auteure nous transporte dans le temps et parmi ces corps impatients qui réapprennent à espérer, ressentent la possibilité d’un autre demain.

« C’est impressionnant, une foule silencieuse qui enfle, même pour des sentinelles armées. On se serre, on est au coude-à-coude. On se soutient, on se tient chaud. On a un peu moins peur. Ça sent la fraternité. »

Ce roman apporte un supplément d’âme à cette période que beaucoup connaissent déjà. Il est à glisser entre toutes les mains et serait un excellent support pour sensibiliser des jeunes ou moins jeunes à cette période historique.

 

Présentation de l'éditeur :"Le 9 novembre 1989, à Berlin-Est habituellement désert sitôt la nuit tombée, des groupes silencieux convergent vers les postes-frontières. Tous ont entendu le porte-parole du Parti bredouiller ab sofort, « dès maintenant », en réponse à la question d’un journaliste sur la date de l’ouverture du mur.
De ce colossal cafouillage naît l’événement historique majeur que vivent, incrédules, les personnages de Trois jours à Berlin : Anna, une Française amoureuse de l’Allemagne, rêvant de retrouver Micha, naguère croisé à l’Est ; Micha lui-même, fils en rupture de ban d’un hiérarque communiste, que hante sa tentative de fuite à l’Ouest, quinze ans plus tôt ; le jeune cinéaste, transfuge de RDA, hébergeant Anna… Et quelques-uns qui, de part et d’autre du mur, oscillent entre stupéfaction et désarroi.
Sortant d’un cinéma où elle a revu Les Ailes du désir, alors que les premiers citoyens de l’Est ont déjà franchi le checkpoint, Anna marche dans la nuit avec le sentiment que le film se poursuit. Cassiel, l’ange des larmes de Wim Wenders, s’invite alors dans la ronde, survolant, ému et complice, la foule joyeuse et pacifique, avide de fraternisation.
Trente ans après la chute du mur, Christine de Mazières, alternant les points de vue avec autant de sensibilité que de justesse, insuffle à sa narration la force poétique des belles espérances soulevées par la réunification d’un pays qu’on imaginait à jamais divisé en deux."

Christine de Mazières, Trois jours à Berlin, Sabine Wespiesser éditeur, mars 2019, 192 pages, 18 euros

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