Conversation avec Fanny Mentré à la librairie Kléber

Samedi 30 mai à 15H30, j’ai animé une conversation à la librairie Kléber avec Fanny Mentré, auteure d’un premier roman Journal d’une inconnue.

Journal d'une inconnue

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Je retrouve Fanny une petite heure avant la rencontre afin de sélectionner les passages qui seront lus par deux comédiens Xavier Boulanger et Muriel Inès Amat.

J’apprends alors que c’est sa première rencontre et cela me fait repenser à ma première interview, c’était le 15 mars 2009 avec Delphine de Vigan. 15H35, la rencontre commence par la genèse du roman, sa construction par lignes.

Fanny Mentré & Bénédicte Junger

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« Je voulais tirer des fils de vie »

La rencontre est émaillée de lectures qui donnent du peps à notre échange et surtout donnent à entendre l’incroyable talent de dialoguiste de Fanny Mentré. L’alternance dans le roman entre passages réflexifs et dialogues donne du relief et de l’élan au texte.

Lecture

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« Ce n’est pas un roman avec un seul point de vue. Je voulais de la complémentarité. »

Fanny Mentré en dédicace

Librairie Kléber

Fanny Mentré explique que pour elle, il est inconcevable de ne pas aborder plusieurs points de vue. Elle n’a pas écrit un roman que sur les femmes, la dimension est plus universelle et mets en lumière ces moments de choix et de bascules dans une vie.

Fanny Mentré

J’ai passé un excellent moment autour de ce livre qui a le mérite d’être vif et tendre, sans romantisme, ni pathos.

J’ai hâte de lire son prochain roman en cours d’écriture qui aura entre autre, la forme de lettres d’amour. Mais dans l’univers de Fanny Mentré, l’amour est tout sauf un long fleuve tranquille, il va falloir s’attendre à quelque chose d’un peu rock & roll.

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Rencontre avec Eric Reinhardt à la médiathèque de la Robertsau

Né en 1965 à Nancy, Éric Reinhardt a fait une prépa HEC, puis une école de commerce, avant de travailler dans l’édition, puis plus précisément dans l’édition de livres d’art. En 1991, il se met à écrire et publie en 1998 son premier roman Demi-sommeil. Tout au long de ses livres, il observe notre société, ses différentes classes et leurs mœurs, avec un regard, et une écriture sarcastique mais également poétique. Il dépeint surtout la classe moyenne, avec ses illusions et ses désenchantements, dans Le Moral des ménages, son second roman, paru en 2002, et qui l’a fait connaître au public. Ses romans mettent en scène des personnages que le diktat actuel de la réussite maltraite. Dans Cendrillon et Le Système Victoria, il critique la mondialisation, le monde de la finance, le capitalisme décomplexé, le monde du travail sous la pression de la logique du profit.

Il est venu rencontrer ses lecteurs de la médiathèque de la Robertsau pour son dernier roman L’amour et les forêts paru en août 2014 et qui a obtenu les Prix Renaudot des lycéens 2014, Prix France Télévisions 2015 et Prix des étudiants France Culture – Télérama 2015.

J’ai accueilli Éric en fin d’après-midi sur le quai de la gare de Strasbourg. Il est descendu de sa voiture, le regard azur et les cheveux argentés, armé d’un parapluie canne noir, vêtu d’un imper sombre chaussé de souliers noir très élégants. Avec un sourire, je lui ai annoncé qu’il n’y aura hélas pas de pluie et pas de temps d’automne (hélas, car c’est sa saison préférée, un thème qu’il a très largement développé dans Cendrillon).

« Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il est envisageable de s’engloutir, de se dissimuler : l’amour et les forêts, la nuit, l’automne, exactement comme vous. »           in L’amour et les forêts

Eric Reinhardt à la médiathèque de la Robertsau

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Cette rencontre à la médiathèque était la vingtième de notre cycle « Des mots d’auteurs ». Il y avait un peu d’émotion pour moi. L’interview se démarquait par une forme particulière. En effet, j’avai défini 10 « objets-symboles » révélateurs du livre. Je les ai présenté à l’auteur l’un après l’autre en ménageant un certain suspens pour amorcer la discussion.

La librairie la parenthèse revient sur la rencontre

L’expérience était plutôt réussie. Eric Reinhardt s’est prêté avec bonne humeur à ce petit jeu où même une lampe est sorti de mon sac, ce qui rappellera à Christel, fidèle lectrice de la médiathèque, l’extraordinaire Mary Poppins! L’auteur a abordé rapidement le processus de création et la genèse du roman. Il n’a pas voulu l’axer sur les pervers narcissiques mais sur la personne qui en subit les conséquences. Souvent il a expérimenté les choses pour écrire les scènes de son roman. Il s’est ainsi inscrit sur meetic sous un pseudonyme féminin, est allé visiter la clinique Sainte Blandine à Metz et a même testé un soin du visage.

« Le personnage de Bénédicte Ombredanne a été nourrie de rencontres avec des femmes qui m’ont raconté leur histoire et par ma sensibilité. »

Sophie Adriansen évoque la rencontre

Le public présent s’est dirigé dès la rencontre achevée devant la petite table de dédicace pour échanger de manière plus personnelle avec l’auteur. Claudia de la Libraire La Parenthèse a assuré la vente de livres.

Eric Reinhardt en dédicaceEric Reinhardt« Bénédicte Ombredanne est une ligne narrative que j’avais déjà construite pour « Cendrillon ». C’était déjà une femme enfermée. »

Eric Reinhardt en dédicace© Bénédicte Junger

La rencontre s’est achevée après un dîner fort agréable autour de plats alsaciens et d’évocations littéraires et culinaires (entre autres). Mais Eric, fidèle à son personnage préféré de Cendrillon s’est éclipsé aux douze coups de minuit…

Eric Reinhardt

© Bénédicte Junger

Conversation avec Muriel Barbery à la librairie Kléber

Muriel Barbery était l’invitée très attendue de la librairie Kléber de Strasbourg, ce mercredi 15 avril à 17H, pour son dernier roman « La vie des elfes ».  (voir ma chronique ici.)

Son roman explore la vie des elfes et plus particulièrement la vie de deux fillettes, Maria et Clara. Elles ont chacune une sensibilité exacerbée. Maria communique avec les bêtes, la nature et les pierres, Clara joue divinement du piano et transmet des émotions inimaginables à son auditoire. Éloignées géographiquement, mais reliées intimement, elles auront pour mission d’éviter une guerre entres les elfes et la bêtise humaine. Maria appartient et incarne le monde de la Terre, Clara celui de la musique.

Je la rejoins vers 14H, devant la librairie. Je suis profondément honorée d’assurer cette interview à venir. Pour l’heure, direction une petite brasserie alsacienne, en compagnie d’Alexis, chargé des acquisitions en littérature française, et d’Adeline et Solène, deux pétillantes stagiaires.

Intimidée, je dois bien le reconnaitre, par cette auteure dont j’ai apprécié les romans, le déjeuner parait cependant intemporel et d’une simplicité presque déconcertante, mais tellement agréable. Autour de cette jolie table aux mets alsaciens, de stimulantes et douces discussions, sur les voyages, le Japon, les insectes et surtout le devenir du livre et des librairies indépendantes, émaillent ce délicieux moment.

L’après-midi se poursuivra en tête à tête, avec nos lunettes de soleil bien chaussées et un moment de détente en terrasse où des mots très précieux m’ont été confiée.

Il est presque 17h, et après un court passage dans les bureaux de la librairie et une photo souvenir, la rencontre peut enfin avoir lieu.

Muriel Barbery et Bénédicte Junger © Droits réservés

Muriel Barbery fait partie de ces auteurs qui souhaitent rester en dehors du système de promotion outrancier des auteurs plus que de leurs livres eux-mêmes. Elle se fait rare, mais accepte les portraits et les radios. Elle ne va jamais à la télévision et ne parle jamais de ce qui n’a pas de rapport avec l’écriture. En revanche, elle privilégie toujours les librairies, comme lieu de rencontre avec les lecteurs.

« L’important c’est les lecteurs »

Muriel Barbery et Bénédicte Junger à la librairie Kléber© Droits réservés

L’auteur évoque ses sources d’inspirations japonaises (tant le lieu que des écrits). Elle évoque un lien particulier à la peinture, à la nature qui fait appel à des souvenirs d’enfance. Muriel Barbery explique que le passage de la 1ère personne à la 3e personne a ouvert des perspectives de narration et que ce nouveau style s’est imposé naturellement mais a nécessité un long travail. A l’écouter, on se rend compte à quel point elle ressent un attachement aux gens, au travail de la Terre et se questionne profondément sur le sens de la vie et la prépondérance de l’image dans notre société.

Muriel Barbery dédicace à la LibrairieKléber© Bénédicte Junger

La séance de dédicace avec les lecteurs a été un très joli moment. De francs et jolis sourires se sont épanouis sur beaucoup de visages et même jusqu’à toute l’équipe de la librairie Kléber. Muriel Barbery est ensuite repartie comme elle était arrivée, dans la simplicité et l’écoute. Deux belles qualités qui se font pourtant bien rares. Ce moment restera comme une de mes plus jolies rencontres d’auteur.

 Muriel Barbery et l'équipe de la librairie Kléber© Bénédicte Junger

Rencontre avec Maylis de Kerangal à la médiathèque de la Robertsau

Mardi 24 mars, jour tant attendu depuis l’invitation lancée au salon du livre de Paris en mars 2014.

Née en 1967, Maylis de Kerangal a été éditrice pour les Éditions du Baron perché et a longtemps travaillé avec Pierre Marchand aux Guides Gallimard puis à la jeunesse.
Elle est l’auteur de quatre romans aux Éditions Verticales, Je marche sous un ciel de traîne (2000), La vie voyageuse (2003), Corniche Kennedy (2008) et Naissance d’un pont (2010) ainsi que d’un recueil de nouvelles, Ni fleurs ni couronnes (2006) et d’une novella, Tangente vers l’est (2012).
Elle vient nous présenter son 8e roman Réparer les vivants paru en janvier 2014 chez Verticales, qui a reçu 10 prix dont le Grand prix RTL-Lire 2014, le Roman des étudiants-France Culture-Télérama 2014, et le Prix Orange du Livre 2014

La salle est prête. Après la création de l’espace de rencontre, par un déménagement conséquent de meubles, tables, et chaises, la médiathèque ouvre, comme à son habitude, à 10h. Très vite, les lecteurs nous questionnent sur l’évènement du soir.

médiathèque Robertsau Strasbourg

Vers 16h, les régisseurs des médiathèques viennent mettre en lumière l’espace et nous posent les micros, indispensables pour que la voix de l’auteur parvienne jusqu’au dernier rang.

Maylis de Kerangal est une auteure généreuse et abordable, d’une simplicité désarmante.
Un peu avant 18h, je me rends à la gare de Strasbourg pour l’accueillir. Le contact est immédiatement chaleureux et ma petite appréhension disparait dans son sourire. Le trajet qui nous conduit à la médiathèque me permet de lui présenter notre médiathèque, le quartier de la Robertsau, la ville de Strasbourg. Un appel  rapide est passé à ses fils pour donner les instructions du soir avant le retour de leur père, Maylis a la voix douce. Arrivée à la médiathèque, elle découvre la vitrine qui annonce sa venue et salue son originalité.

médiatheque Robertsau

Après un réglage des micros et des projecteurs, nous montons pour un café (pour elle) et un verre d’eau (pour moi). Cake aux cranberries, chocolat noir sont les douceurs sur lesquelles nous comptons pour tenir pendant l’entretien. Maylis signe les romans de la médiathèque de bonne grâce et l’heure approche tout doucement.
Nous sommes « complet » et même plus que complet. Il nous est très désagréable de devoir refuser du monde. C’est la première fois depuis 2009.

Nous descendons comme prévu sur les dernières notes de « La nuit je mens » de Bashung que Maylis cite dans son livre. L’entretien débute à 19h10.

« Écrire c’est se mettre en empathie avec le monde, pouvoir ensuite le toucher. »

L’auteur de « Réparer les vivants » explicite son travail d’écrivain, sa manière d’écrire, de rallier un point A à un point B dans la construction de ses romans. Elle écrit en ayant toujours connaissance de la fin. Son ambition était de raconter la migration d’un cœur, du corps de Simon Limbres dans celui de Claire Méjan.

« Le roman pose la question de la vie mais pas celui du réel. »

Maylis de Kerangal

La ponctuation est un espace de liberté pour Maylis de Kérangal, c’est là que l’auteur s’exprime le plus.

« On peut tout corriger dans un texte mais pas la ponctuation, c’est comme toucher au souffle de la personne. »

Elle lit le premier chapitre de son roman, qui n’est qu’une seule phrase. C’est la première qu’elle ait écrite de ce roman. Une phrase programme, une phrase qui pose les choses.

Maylis de Kerangal

Après avoir répondu à plusieurs questions lors de l’entretien, la parole est donnée aux lecteurs présents et trois questions pertinentes sont posées, dont l’une concernant son impression de mère face au décès d’un fils, elle y répond de cette manière :

« Quand j’écris je m’arrache de ma vie. J’écris pour ne plus être moi. « 

Maylis de Kerangal & Bénédicte Junger

A noter que « Corniche Kennedy » et « Réparer les vivants » seront adaptés au cinéma.

La soirée se poursuit par une séance de dédicace et un petit pot, où les discussions vont bon train et où d’innombrables sourires illuminent le visage des présents.

médiathèque robertsau

Maylis de Kerangal

 La soirée s’achève, il est 22h. Quelle belle rencontre!

Nous partons dîner dans une institution strasbourgeoise et achevons cette incroyable journée par un dessert et trois fourchettes. La simplicité, vous ai-je dit…

profiteroles