« Temps livre » ou les romans de votre été

été 2015

Voilà, c’est l’été! L’été tant attendu synonyme de vacances, de « temps livre ».
Souvent c’est le manque de place dans vos valises qui influence le choix du volume, par sa taille et son poids.

Voici une sélection de livres légers en poids mais gonflés en émotions!

Bel été !

  • Thomas B. Reverdy, Les évaporés, Livre de poche, 2015

→ Pour voyager sur votre serviette
Un roman entre Japon et Etats-Unis qui aborde un phénomène de société dramatique au pays du soleil levant : la disparition volontaire d’adultes.

  • David Foenkinos, La délicatesse, Folio, 2010

→ Pour séduire sans en avoir l’air
Une Nathalie rencontre un François; ils s’aiment; il meurt; elle est triste; son patron la drague avec lourdeur; c’est un Markus qui emporte la mise; mais Markus est laid et c’est un problème pour les autres. Nathalie, elle, est sous le charme de sa délicatesse. Drôle et profond.

  • Yves Grevet, La maison (t1 Méto), Pocket jeunesse, 2013

→ A piquer à ses enfants
Saga en 3 tomes. Une dystopie incroyable où plus que jamais la liberté est au cœur des enjeux.

  • Delphine Bertholon, Grâce, Le livre de poche, 2013

→ Pour ne pas prendre de baby-sitter
Diablement bien construit un roman mi-polar, mi-psychologique où les secrets de famille éclatent avec fantômes et fracas. Le passé finit-il toujours par nous rattraper?

  • Grégoire Delacourt, La liste de mes envies, Le livre de poche, 2013

→ A prêter à sa belle-mère
Argent, rêves et bonheur font-ils bon ménage ? Une fable douce amère pour se recentrer sur l’essentiel.

  • Serge Joncour, U.V., Folio, 2007

→ Pour profiter du soleil
Serge Joncour manie les ficelles d’un huis clos et fait monter la tension au fil des pages. Le soleil va-t-il révéler la vraie nature de Boris aux riches habitants de cette villa avec vue sur mer ?

  • 13 à table, Pocket, 2014

→ A lire par petits bouts
Treize nouvelles autour de la thématique du repas pour Les restau du Cœur. Rassemblant de jolies plumes ce recueil est riche grâce à la diversité de nouvelles qu’il propose allant du drame, au fantastique en passant par le feel’s good book.

  • Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, 10/18, 2009

→ Pour s’évader
Construit comme un miroir entre deux destins, ce roman d’initiation mêle traditions occidentales et sagesse de l’empire de soleil levant. Une expérience de lecture dont vous sortirez changé, plus sage ou plus audacieux.

  • Michel Bussi, N’oublier jamais, Pocket, 2015

→ Pour réveiller le détective qui sommeille en vous
Avec pour décor d’incroyables falaises, ce roman policier vous emmène aux confins de la vérité et de la manipulation. Une énigme haletante pour un drame original.

  • Romain Puértolas, L’incroyable voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA », Le livre de poche, 2015

→ Pour rire
Un roman complètement déjanté, léger et vif, avec un fakir dont le péripéties rocambolesques vous donneront envie de tourner les pages.

  • Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, Folio, 2015

→ Pour pleurer
24H de la vie d’un cœur. Un roman poignant et fort sur la mort mais aussi la vie.

  • Benjamin Constant, Adolphe, Pocket, 1998

→ Pour réviser ses classiques
Roman de l’amour romantique par excellence, « Adolphe » vous entraîne au plus profond des sentiments et de l’humain.

  • Muriel Barbery, Une gourmandise, Folio, 2002

→ A dévorer
Un ancien critique gastronome au seuil de la fin de sa vie nous confie ses petites épiphanies gourmandes. Plaisir des sens et du ventre comme autant de petites pépites à déguster!

  • Harold Cobert, Le rendez-vous manqué de Marie-Antoinette, Le livre de poche, 2012

→ Pour changer d’époque
Un rendez-vous secret pour changer le cours de l’histoire. Une écriture classique et prenante fait de ce roman un agréable moment de lecture au cœur de la monarchie.

  • Yannick Grannec, La déesse des petites victoires, Pocket, 2014

→ Pour se cultiver
Une plongée dans les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle. Menée comme une enquête par une jeune documentaliste qui rencontre la veuve du grand homme, un roman passionnant de la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire.

  • Sophie Adriansen, Max et les poissons, Nathan poche, 2015

→ Pour échanger en famille
L’histoire se déroule en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Max est un enfant comme les autres, il a des rêves pleins la tête et ne veut que passer son temps à rire, jouer et s’amuser. Mais voilà, ce petit garçon est juif et doit porter une étoile. Un livre très adapté pour aborder la seconde guerre mondiale, les camps en France et le travail des Justes pour les enfants à partir de 9 ans.

David Foenkinos : « Nos séparations »

david foenkinos nos séparations

Présentation de l'éditeur: "«Je pense à Iris qui fut importante tout de même, à Émilie aussi, à Céline bien sûr, et puis d'autres prénoms dans d'autres pénombres, mais c'est Alice, toujours Alice qui est là, immuable, avec encore des rires au-dessus de nos têtes, comme si le premier amour était une condamnation à perpétuité.» 
Alice et Fritz s'aiment, et passent leur vie à se séparer. Les raisons : la cyclothymie des mouvements passionnels, les parents et les beaux-parents, le travail et les collègues, les amis d'enfance, deux Polonais comme toujours, les cheveux et les dents, une longue histoire de cravate, la jalousie, et Schopenhauer bien sûr."

Avec « Nos séparations », David Foenkinos aborde la perte d’un amour idéalisé. Fritz et Alice se rencontrent, adulescents dans leur amour, puis mûrs et aguerris par la vie. Derrières des clichés convenus, Alice fille de parents embourgeoisés, et Fritz (pas même allemand comme son nom le suggère), fils de hippies soixante-huitards, la petite musique de l’auteur installe une réalité aux accents de roman d’apprentissage. Peut être un de ses romans où ses personnages vieillissent et évoluent le plus.

« Je n’ai certainement pas fait assez de sport dans ma jeunesse pour supporter ainsi les mouvements irréguliers de mon coeur. Cela fatigue tellement, ce mouvement perpétuel du bonheur au malheur. Avec Alice, j’alternais sans cesse entre les mouvements d’euphorie où je voulais l’emmener en weekend sur la Lune, et les moments de violences intersidérales où je l’aurais enfouie au coeur de la Terre. Je pense qu’elle ressentais exactement la même chose. Habituellement si douce et si chuchotante, elle était capable de crier subitement, de déverser des sons stridents dans mes oreilles amoureuses. Nous étions dans la valse des tonalités. Et je n’étais pas loin de penser que l’amour rend surtout sourd. »

Fritz passe de stagiaire chez Larousse, à correcteur d’articles chez Larousse après un bref épisode de vendeur de cravates en Bretagne. Tout le monde le sait, la Bretagne c’est un havre de paix pour soigner ses blessures de cœur et s’échapper après un mariage annulé sur le parvis des marches de l’église…
C’est finalement Paul son fidèle ami qui viendra le ramener à la vie parisienne.
Hymne à la puissance de l’amour de jeunesse, au paradis perdu des premières fois et des premiers faux pas aussi, « Nos séparations » c’est l’histoire ordinaire d’un couple qui s’aime et se déchire à coup de mots en allemand. Avec une grande dose d’humour mais néanmoins une certaine tenue et distanciation, David Foenkinos par le truchement du point de vue de Fritz parvient à nous faire apprécier ce personnage masculin, finalement pas très brave et couard. Un roman pas sexiste pour un sous, où pour une fois un homme expose un personnage en proie à ses pulsions et ses faiblesses. Serait-ce un hymne à la fidélité féminine?

« Les mots sont souvent mon refuge, jusqu’à l’aube, et parfois les lettres se mélangent à mes rêves aux frontières de la somnolence. »

David Foenkinos, Nos séparations, Gallimard, octobre 2008, 192 pages, 16,50 euros

David Foenkinos :  » Le potentiel érotique de ma femme « 

David foenkinos le potentiel érotique de ma femme

Présentation de l'éditeur : "Après avoir collectionné, entre autres, les piques apéritif, les badges de campagne électorale, les peintures de bateaux à quai, les pieds de lapin, les cloches en savon, les bruits à cinq heures du matin, les dictons croates, les boules de rampe d'escalier, les premières pages de roman, les étiquettes de melon, les œufs d'oiseaux, les moments avec toi, les cordes de pendu, Hector est tombé amoureux et s'est marié.
Alors, il s'est mis à collectionner sa femme."

David Foenkinos propose avec « Le potentiel érotique de ma femme », un véritable roman de moeurs. Hector, le personnage principal et anti-héros, souffre de collectionnite aiguë. Il est le deuxième enfant d’une famille où on l’a conçu pour effacer le manque de son frère aîné, âgé de 20 ans de plus que lui. Après une tentative de suicide, il séjourne 6 mois dans un hôpital spécialisé. Son alibi: il était en voyage aux Etats-Unis… De là, s’en suit la rencontre avec sa future femme, mythomane, elle aussi.

« La poussière avait veillé sur le lieu, avant de s’ennuyer au point de se reproduire. »

David Foenkinos crée une galerie de portraits de petites gens certes caricaturées à l’extrême, mais tellement vraies! Des petites manies de chaque personnages tournées en dérision, au pathos pathétique de certaines scènes frôlant le comique de situation, l’auteur propose l’histoire d’un amoureux des collections sans un seul temps mort. Le style vif des scènes d’actions s’oppose aux longues phrases d’introspection d’Hector. Le plus étonnant dans ce roman déjanté c’est la normalité des situations incongrues et extravagantes! Sommes-nous dans un monde absurde? Voilà une question à laquelle, David Foenkinos se garde bien de répondre…

« « Voilà, j’ai quelque chose à vous dire…J’ai fait une tentative de suicide…et je n’étais pas aux États-Unis mais en convalescence… »
Après un silence, ses parents se mirent à rire ; un rire à l’opposé de l’érotisme. Que c’était drôle ! Ils gloussaient leur chance d’avoir un fils si doux et si comique, Hector des Hector, fils comique ! Ce fils qui avait, comment dire, un léger problème de crédibilité. Il avait été rangé dans la catégorie « bon fils » puisqu’il venait manger même quand il n’avait pas faim. Et les bons fils ne se suicident pas ; au pire ils trompent leur femme quand elle part en vacances à Hossegor. Hector fixa le visage de ses parents, il n’y avait rien à lire, des têtes d’annuaires téléphoniques. Il était condamné à être leur cliché. »

David Foenkinos, Le potentiel érotique de ma femme, Folio, août 2005 192 pages, 6,40 euros 

David Foenkinos : « Charlotte »

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Présentation de l'éditeur : 
"Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie." Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche."

David Foenkinos à l’aube de ses 40 ans publie un roman très différent de ses précédents à succès. Un roman : plus mûr, plus grand, plus universel. C’est un long chant d’amour, un cri.
Hymne à la tendresse, à la lutte contre le désespoir et pour la vie envers et contre le noir d’une bien triste période de l’histoire. Narration maîtrisée, ronde et incisive, comme autant de coups de pinceau pour révéler un tableau saisissant de sincérité.
A la manière d’un long poème en prose et un peu comme « L’Enéide », ce roman dans sa forme ouvre à un nouveau mode de lecture. Des respirations s’installent souvent dans la narration et favorisent l’appropriation du destin tragique de Charlotte Salomon.

« Le sentiment d’avoir enfin trouvé ce que je cherchais.
Le dénouement inattendu de mes attirances.
Mes errances m’avaient conduit au bon endroit.
Je le sus dès l’instant où je découvris -Vie ? ou Théâtre ?
Tout ce que j’aimais.
Tout ce qui me troublait depuis des années.
Warburg et la peinture.
Les écrivains allemands.
La musique et la fantaisie.
Le désespoir et la folie.
Tout était là.
Dans un éclat de couleurs vives.
La connivence immédiate avec quelqu’un.
La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu.
J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte.
Je connaissais ce que je découvrais »

David Foenkinos, Charlotte, Gallimard, août 2014, 220 pages, 18.50 euros