Rencontre avec Eric Reinhardt à la médiathèque de la Robertsau

Né en 1965 à Nancy, Éric Reinhardt a fait une prépa HEC, puis une école de commerce, avant de travailler dans l’édition, puis plus précisément dans l’édition de livres d’art. En 1991, il se met à écrire et publie en 1998 son premier roman Demi-sommeil. Tout au long de ses livres, il observe notre société, ses différentes classes et leurs mœurs, avec un regard, et une écriture sarcastique mais également poétique. Il dépeint surtout la classe moyenne, avec ses illusions et ses désenchantements, dans Le Moral des ménages, son second roman, paru en 2002, et qui l’a fait connaître au public. Ses romans mettent en scène des personnages que le diktat actuel de la réussite maltraite. Dans Cendrillon et Le Système Victoria, il critique la mondialisation, le monde de la finance, le capitalisme décomplexé, le monde du travail sous la pression de la logique du profit.

Il est venu rencontrer ses lecteurs de la médiathèque de la Robertsau pour son dernier roman L’amour et les forêts paru en août 2014 et qui a obtenu les Prix Renaudot des lycéens 2014, Prix France Télévisions 2015 et Prix des étudiants France Culture – Télérama 2015.

J’ai accueilli Éric en fin d’après-midi sur le quai de la gare de Strasbourg. Il est descendu de sa voiture, le regard azur et les cheveux argentés, armé d’un parapluie canne noir, vêtu d’un imper sombre chaussé de souliers noir très élégants. Avec un sourire, je lui ai annoncé qu’il n’y aura hélas pas de pluie et pas de temps d’automne (hélas, car c’est sa saison préférée, un thème qu’il a très largement développé dans Cendrillon).

« Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il est envisageable de s’engloutir, de se dissimuler : l’amour et les forêts, la nuit, l’automne, exactement comme vous. »           in L’amour et les forêts

Eric Reinhardt à la médiathèque de la Robertsau

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Cette rencontre à la médiathèque était la vingtième de notre cycle « Des mots d’auteurs ». Il y avait un peu d’émotion pour moi. L’interview se démarquait par une forme particulière. En effet, j’avai défini 10 « objets-symboles » révélateurs du livre. Je les ai présenté à l’auteur l’un après l’autre en ménageant un certain suspens pour amorcer la discussion.

La librairie la parenthèse revient sur la rencontre

L’expérience était plutôt réussie. Eric Reinhardt s’est prêté avec bonne humeur à ce petit jeu où même une lampe est sorti de mon sac, ce qui rappellera à Christel, fidèle lectrice de la médiathèque, l’extraordinaire Mary Poppins! L’auteur a abordé rapidement le processus de création et la genèse du roman. Il n’a pas voulu l’axer sur les pervers narcissiques mais sur la personne qui en subit les conséquences. Souvent il a expérimenté les choses pour écrire les scènes de son roman. Il s’est ainsi inscrit sur meetic sous un pseudonyme féminin, est allé visiter la clinique Sainte Blandine à Metz et a même testé un soin du visage.

« Le personnage de Bénédicte Ombredanne a été nourrie de rencontres avec des femmes qui m’ont raconté leur histoire et par ma sensibilité. »

Sophie Adriansen évoque la rencontre

Le public présent s’est dirigé dès la rencontre achevée devant la petite table de dédicace pour échanger de manière plus personnelle avec l’auteur. Claudia de la Libraire La Parenthèse a assuré la vente de livres.

Eric Reinhardt en dédicaceEric Reinhardt« Bénédicte Ombredanne est une ligne narrative que j’avais déjà construite pour « Cendrillon ». C’était déjà une femme enfermée. »

Eric Reinhardt en dédicace© Bénédicte Junger

La rencontre s’est achevée après un dîner fort agréable autour de plats alsaciens et d’évocations littéraires et culinaires (entre autres). Mais Eric, fidèle à son personnage préféré de Cendrillon s’est éclipsé aux douze coups de minuit…

Eric Reinhardt

© Bénédicte Junger

Eric Reinhardt : « L’amour et les forêts »

eric reinhardt l'amour et les forets

Présentation de l'éditeur : 
"À l'origine, Bénédicte Ombredanne avait voulu le rencontrer pour lui dire combien son dernier livre avait changé sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences à l'écrivain, l'entraînant dans sa détresse, lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt, en réaction au harcèlement continuel de son mari. La plus belle journée de toute son existence, mais aussi le début de sa perte.
Récit poignant d'une émancipation féminine, L'amour et les forêts est un texte fascinant, où la volonté d'être libre se dresse contre l'avilissement."

Né en 1965 à Nancy, Éric Reinhardt a travaillé dans l’édition, puis dans l’édition de livres d’art. En 1991, il se met à écrire et publie en 1998 un premier roman Demi-sommeil. Tout au long de ses livres, il observe notre société, ses différentes classes et leurs mœurs, avec un regard et une écriture sarcastique mais également poétique.

« L’amour et les forêts » est un roman saisissant. C’est avec une écriture d’une grande précision, vive et intense qu’Éric Reinhardt décrit le quotidien, les rêves et les frustrations de Bénédicte Ombredanne. Ce personnage féminin est rendu attachant par la mise en avant de ses luttes intérieures, de ses tentatives de survie contre l’étouffement systématique de ses espoirs de vie meilleure par son mari. Ce mari se révèle être un pervers narcissique entre les lignes, une sombre personne qui laisse planer son ombre dans le tout roman.
Ce qui me plait dans ce roman, c’est l’incroyable volonté de vivre de Bénédicte Ombredanne et sa stratégie de mise en œuvre d’espaces de respiration. Eric Reinhardt décrit tout cela avec beaucoup de finesse et d’intelligence tout en laissant une place suffisante au lecteur pour s’approprier les ombres de sa Bénédicte et la touffeur de ses forêts imaginaires.
Un peu d’humour se dessine aussi avec la retranscription d’une conversation meetic. Un vrai moment d’anthologie!
Un roman qui vous habitera longtemps et vous posera la question « jusqu’où seriez-vous prêt à aller par amour? (contraint et forcé) »….

« On est tous divisés, on est intérieurement plusieurs personnes contradictoires qui se combattent ou dont les intérêts se contredisent, on est tous amenés à jouer des rôles qui en définitive sont des facettes d’une vérité unique qu’on passe son temps à intérioriser, à travestir, à protéger du regard d’autrui et finalement à trahir, parce qu’on a honte de s’avouer aussi complexe, pluriel, tiraillé, contradictoire et donc essentiellement indéfini, alors que c’est précisément notre force. »

Eric Reinhardt, L’amour et les forêts, Gallimard, Août 2014, 368 pages, 21,90 euros