Gaëlle Nohant : « Légende d’un dormeur éveillé » #RL2017

Si vous ne connaissiez de Robert Desnos que le poème « Une fourmi de 18 mètres » appris dans l’enfance, ce roman va vous ouvrir la porte d’une personnalité attachante et rétablir une terrible lacune. Tour à tour drôle ou grave, mais résolument optimiste, le « dormeur éveillé », qui désigne aussi bien le poète que le titre du roman, porte un regard franc et émerveillé sur le Paris des Surréalistes de 1920 à l’occupation.

S’emparer d’une personnalité littéraire n’est pas un exercice facile. Ici, nous sommes face à une création dont l’authenticité de la démarche irradie chaque page d’une saine admiration et d’une authentique bienveillance. Préparez-vous à être conquis(e)s.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Grand Prix des lectrices de ELLE 2018, il fait partie de la sélection d’octobre, catégorie « roman ».

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Louis-Philippe Dalembert : « Avant que les ombres s’effacent » #prixorangedulivre2017

Louis-Philippe Dalembert n’en est pas à son coup d’essai. Romancier et poète, magicien des mots, il publie un roman touchant à la voix particulière et envoûtante.

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Jour 7 : Léa Wiazemsky : « Le vieux qui déjeunait seul »

avent

léa wiazemsky

Présentation de l'éditeur : "Clara, une jeune et jolie serveuse de vingt-sept ans, se prend d’affection pour un vieux monsieur dont elle ne sait rien sinon que, 
dans le restaurant où elle travaille, chaque lundi, invariablement, il déjeune à 
la même table et commande le même plat. Elle est loin de se douter qu’elle-même a piqué la curiosité de cet homme éprouvé par la vie. Derrière la gentillesse et 
l’éternelle bonne humeur de la jeune femme, ce vieil habitué a décelé une blessure secrète. Et pour cause : accablée par le poids des actes d’un ancêtre, Clara 
s’interdit d’être heureuse. Mais au fil des conversations avec Clément, ce 
grand-père qu’elle se choisit, le contexte historique va refaire surface et 
changer sa vie."

Léa Wiazemsky signe un premier roman choral, émouvant et tendre sur la rencontre de deux générations.

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Emilie Frèche : « Un homme dangereux »

un homme dangereux

Présentation de l'éditeur : « – Maintenant que tu as vraiment quitté ton mari, on va pouvoir parler. Je veux que tu deviennes ma femme. Je t’aime, je veux vivre avec toi, mais avant, il faut que tu laisses tes enfants.
– Pardon ?
– Je suis sérieux. Il faut que tu les laisses à leur père, je te dis ça pour leur bien. Elles seront très heureuses avec lui ; ils partiront vivre en Israël, ce sera beaucoup plus simple, et tu iras leur rendre visite pour les vacances.
– T’es complètement malade.
– Tu sais bien que non, puisque c’est comme ça que ça va se terminer pour les juifs de France. Sept mille juifs sont partis rien que cette année, c’est moi qui l’invente ? Bientôt, il n’y aura plus de juifs en France. Plus un seul juif. Tu te rends compte, un peu ? Le grand rêve de Vichy réalisé par des Merah, des Nemmouche, des Kouachi. Que des petits enfants de bicots qu’on a fait venir du bled pour assembler des boulons, et qui feront mieux que les idéologues du Troisième Reich, sans même avoir besoin de vous mettre dans des trains. Tout ça simplement en jouant avec votre peur. Quelle intelligence ! Quelle économie, surtout. La France nettoyée pour pas un rond. »

Emilie Frèche est une auteure pour adulte et la jeunesse, elle écrit aussi des scénarios. Toujours très inspirés de sa vie personnelle, ses romans abordent la question de l’identité, la difficulté des rapports familiaux et amoureux.

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Séverine Werba : « Appartenir »

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Présentation de l'éditeur : "De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé, et ses enfants et petits-enfants ont respecté son silence. Pourtant chacun savait. Mais dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait «le 30», le sujet n’était jamais évoqué. Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans et la vie devant elle, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en hébreu et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille. Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Dans la furie de la guerre. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père est parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur, entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés. Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer."

Après avoir été journaliste et productrice de documentaires, Séverine Werba travaille aujourd’hui pour la série policière Engrenages. Appartenir est son premier roman

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« Temps livre » ou les romans de votre été

été 2015

Voilà, c’est l’été! L’été tant attendu synonyme de vacances, de « temps livre ».
Souvent c’est le manque de place dans vos valises qui influence le choix du volume, par sa taille et son poids.

Voici une sélection de livres légers en poids mais gonflés en émotions!

Bel été !

  • Thomas B. Reverdy, Les évaporés, Livre de poche, 2015

→ Pour voyager sur votre serviette
Un roman entre Japon et Etats-Unis qui aborde un phénomène de société dramatique au pays du soleil levant : la disparition volontaire d’adultes.

  • David Foenkinos, La délicatesse, Folio, 2010

→ Pour séduire sans en avoir l’air
Une Nathalie rencontre un François; ils s’aiment; il meurt; elle est triste; son patron la drague avec lourdeur; c’est un Markus qui emporte la mise; mais Markus est laid et c’est un problème pour les autres. Nathalie, elle, est sous le charme de sa délicatesse. Drôle et profond.

  • Yves Grevet, La maison (t1 Méto), Pocket jeunesse, 2013

→ A piquer à ses enfants
Saga en 3 tomes. Une dystopie incroyable où plus que jamais la liberté est au cœur des enjeux.

  • Delphine Bertholon, Grâce, Le livre de poche, 2013

→ Pour ne pas prendre de baby-sitter
Diablement bien construit un roman mi-polar, mi-psychologique où les secrets de famille éclatent avec fantômes et fracas. Le passé finit-il toujours par nous rattraper?

  • Grégoire Delacourt, La liste de mes envies, Le livre de poche, 2013

→ A prêter à sa belle-mère
Argent, rêves et bonheur font-ils bon ménage ? Une fable douce amère pour se recentrer sur l’essentiel.

  • Serge Joncour, U.V., Folio, 2007

→ Pour profiter du soleil
Serge Joncour manie les ficelles d’un huis clos et fait monter la tension au fil des pages. Le soleil va-t-il révéler la vraie nature de Boris aux riches habitants de cette villa avec vue sur mer ?

  • 13 à table, Pocket, 2014

→ A lire par petits bouts
Treize nouvelles autour de la thématique du repas pour Les restau du Cœur. Rassemblant de jolies plumes ce recueil est riche grâce à la diversité de nouvelles qu’il propose allant du drame, au fantastique en passant par le feel’s good book.

  • Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, 10/18, 2009

→ Pour s’évader
Construit comme un miroir entre deux destins, ce roman d’initiation mêle traditions occidentales et sagesse de l’empire de soleil levant. Une expérience de lecture dont vous sortirez changé, plus sage ou plus audacieux.

  • Michel Bussi, N’oublier jamais, Pocket, 2015

→ Pour réveiller le détective qui sommeille en vous
Avec pour décor d’incroyables falaises, ce roman policier vous emmène aux confins de la vérité et de la manipulation. Une énigme haletante pour un drame original.

  • Romain Puértolas, L’incroyable voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA », Le livre de poche, 2015

→ Pour rire
Un roman complètement déjanté, léger et vif, avec un fakir dont le péripéties rocambolesques vous donneront envie de tourner les pages.

  • Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, Folio, 2015

→ Pour pleurer
24H de la vie d’un cœur. Un roman poignant et fort sur la mort mais aussi la vie.

  • Benjamin Constant, Adolphe, Pocket, 1998

→ Pour réviser ses classiques
Roman de l’amour romantique par excellence, « Adolphe » vous entraîne au plus profond des sentiments et de l’humain.

  • Muriel Barbery, Une gourmandise, Folio, 2002

→ A dévorer
Un ancien critique gastronome au seuil de la fin de sa vie nous confie ses petites épiphanies gourmandes. Plaisir des sens et du ventre comme autant de petites pépites à déguster!

  • Harold Cobert, Le rendez-vous manqué de Marie-Antoinette, Le livre de poche, 2012

→ Pour changer d’époque
Un rendez-vous secret pour changer le cours de l’histoire. Une écriture classique et prenante fait de ce roman un agréable moment de lecture au cœur de la monarchie.

  • Yannick Grannec, La déesse des petites victoires, Pocket, 2014

→ Pour se cultiver
Une plongée dans les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle. Menée comme une enquête par une jeune documentaliste qui rencontre la veuve du grand homme, un roman passionnant de la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire.

  • Sophie Adriansen, Max et les poissons, Nathan poche, 2015

→ Pour échanger en famille
L’histoire se déroule en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Max est un enfant comme les autres, il a des rêves pleins la tête et ne veut que passer son temps à rire, jouer et s’amuser. Mais voilà, ce petit garçon est juif et doit porter une étoile. Un livre très adapté pour aborder la seconde guerre mondiale, les camps en France et le travail des Justes pour les enfants à partir de 9 ans.

Léa Wiazemsky : « Le vieux qui déjeunait seul »

léa wiazemsky

Présentation de l'éditeur : "Clara, une jeune et jolie serveuse de vingt-sept ans, se prend d’affection pour un vieux monsieur dont elle ne sait rien sinon que, 
dans le restaurant où elle travaille, chaque lundi, invariablement, il déjeune à 
la même table et commande le même plat. Elle est loin de se douter qu’elle-même a piqué la curiosité de cet homme éprouvé par la vie. Derrière la gentillesse et 
l’éternelle bonne humeur de la jeune femme, ce vieil habitué a décelé une blessure secrète. Et pour cause : accablée par le poids des actes d’un ancêtre, Clara 
s’interdit d’être heureuse. Mais au fil des conversations avec Clément, ce 
grand-père qu’elle se choisit, le contexte historique va refaire surface et 
changer sa vie."

Léa Wiazemsky signe un premier roman choral, émouvant et tendre sur la rencontre de deux générations. Clara est une jeune fille marquée par la culpabilité d’un grand père collabo qu’elle n’a pas connu. Clément est un vieux monsieur que la 2e Guerre Mondiale n’a pas épargné et a déporté aux confins de l’humanité, là d’où on ne revenait pas mais d’où il est rentré avec l’espoir fou de retrouver, Marie sa femme adorée et enceinte, dénoncée, arrêtée et déportée.

« Et il y a cette jeune fille qui fait de cet endroit un univers de lumière et de joie. J’aime cet instant où, à peine ai-je poussé la porte, elle est là avec son sourire plein de malice pour me souhaiter la bienvenue. Elle sait que je vais commander la même chose que d’habitude ; mais elle prend malgré tout la peine de m’apporter la carte. Cela me fait sourire. »

Leur rencontre dans le restaurant où travailler Clara est une bénédiction qui permet à la belle rêveuse de s’affirmer pleinement dans sa vie de femme et de mettre à la porte ses démons. Clément, quant à lui, quitte ses vieux fantômes et reprend gout à la vie. Il va pouvoir transmettre, lui qui au retour des camps, n’a pas eu la force de reconstruire sa vie.

« Comme tous les lundis, je l’attends. Comme tous les lundis, à midi trente précise, il pousse la porte du restaurant pour aller s’installer à sa place habituelle. Il n’a plus besoin de réserver, sa table est toujours prête. Je sais d’avance ce qu’il va commander, mais je devine que, malgré tout, il aime consulter la carte, peut-être pour se surprendre lui-même. »

Ils sont touchants tous les deux. Elle, à aimer les musiques dépassées et les vieux auteurs aux univers mélancoliques. Lui à encourager et porter une vie en devenir de sa bienveillance heureuse.

« Devant cette gosse dévastée par l’ombre d’un grand-père collabo, mon coeur a explosé d’amour. Comment cette jeune femme pouvait-elle se sentir responsable d’autres – aussi horribles soient-ils – commis par un aïeul qu’elle n’avait même pas connu? »

Clara tisse aussi au fil du roman, une histoire avec Bastien, le garçon de café en bas de chez-elle. Il est question entre eux, d’amour, de renoncement, de faiblesses et de peur du bonheur. Une reconstruction méticuleuse pour vivre un grand amour… peut-être.

« Nos coeurs sont de la même famille. Je ne me suis pas trompée. »

J’ai aimé la tendresse et la douceur de ce roman. La dimension historique est très habillement amenée et c’est dans les silences de Clément qu’il y a parfois le plus d’émotion. Léa Wiazemsky sait s’effacer devant ses personnages et ça lui réussit. Cette jeune auteure passe subtilement le message que tout est possible à ceux qui s’ouvrent aux autres et donnent d’eux-mêmes. Un joli message d’espoir.

Léa Wiazemsky, Le vieux qui déjeunait seul, Michel Lafon, avril 2015, 176 pages, 14,95 euros