Céline Lapertot : « Ne préfère pas le sang à l’eau »

Céline Lapertot signe un roman dérangeant et nécessaire qui oscille entre racisme ordinaire, catastrophe écologique et migrations mythologiques ou réelles. Un grand roman où plus que jamais une voix révoltée se fait entendre et tente de faire reculer les préjugés.

Céline Lapertot est animée par la beauté de la langue mais aussi par une volonté farouche de justice et de liberté. Professeur de français dans un lycée strasbourgeois, elle enseigne bien évidement ce qu’elle défend dans ses livres et curieusement, peut-être on ressent cette double inspiration venue de son métier et de ces échanges avec les jeunes d’aujourd’hui.

« Le pénitencier est rouge, de sa première à sa dernière brique, et personne ne me fera croire que cette couleur a été choisie au hasard. Rouge comme ce sang qu’ils espèrent voir se figer dans nos veines, là, sous le rayon de lumière qui plonge entre les barreaux. Je vois comme tout coule en moi, j’ai encore la sensation du stylo quand j’écrivais ces mots qui leur faisaient si peur. »

Céline Lapertot fait le choix de la fable pour exposer le sort des réfugiés dans nos démocraties corrompues et lâches. Plusieurs personnages se croisent dont une petite fille réfugiée, Karole obnubilée par la citerne d’eau et Tiago un jeune garçon rebelle et éclairé. Ce dernier a pris les mots comme on prend les armes pour dénoncer les manipulations d’un gouvernement pas si innocent lorsqu’une citerne d’eau explose.

L’eau c’est la vie et une magnifique métaphore que file l’auteure tout au long du roman.  Le manque va générer des frustrations et des tensions envers ceux qui sont nommés les « nez-verts ». Céline Lapertot s’empare d’une langue vibrante tour à tour sèche ou imagée pour raconter l’explosion d’une société. C’est très réussi.

 

Présentation de l'éditeur : "« Cette sensation de fin du monde, quand tu as dix ans et que tu comprends, du haut de ton mètre vingt, qu’il va falloir abandonner la sécheresse de ton ocre si tu ne veux pas crever. Je serais restée des millénaires, agenouillée contre ma terre, si je n’avais pas eu une telle soif. Maman a caressé la peau de mon cou, toute fripée et desséchée, elle m’a vue vieille avant d’avoir atteint l’âge d’être une femme. Elle a fixé les étoiles et, silencieusement, elle a pris la main de papa. On n’a pas besoin de discuter pendant des heures quand on sait qu’est venu le moment de tout quitter. J’étais celle à laquelle on tient tant qu’on est prêt à mourir sur les chemins de l’abîme. J’étais celle pour laquelle un agriculteur et une institutrice sont prêts à passer pour d’infâmes profiteurs, qui prennent tout et ne donnent rien, pourvu que la peau de mon cou soit hydratée. J’ai entendu quand maman a dit On boira toute l’humiliation, ce n’est pas grave. On vivra. Il a fallu que je meure à des milliers de kilomètres de chez moi. »"

Céline Lapertot, Ne préfère pas le sang à l’eau, Viviane Hamy, janvier 2018, pages, 17 euros

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