Sébastien Spitzer :  » Ces rêves qu’on piétine » #RL2017

Des rêves ? Qui n’en chérit pas quelques-uns ? Dans ce roman, il y a les rêves d’un père qui attend un signe de sa fille, ceux d’une jeune-femme qui veut exister aux cotés des puissants, ceux d’un homme qui a faim, d’une mère qui protège sa fille et ceux d’un auteur qui espère un monde plus humain.

Sébastien Spitzer remonte l’histoire du IIIe Reich depuis le bunker où sont reclus Hitler et ses hauts dignitaires fidèles parmi les fidèles. Parmi eux, Magda Goebbels. C’est par ce personnage historique que l’auteur va nous donner accès à la fois aux heures sombres dont nous connaissons l’issue funeste mais aussi au portrait d’une femme puissante tour à tour mère, épouse, décisionnaire. Il sera aussi question d’une âme perdue qui ne reculera devant rien pour assouvir ses rêves de gloire.

Bien que le thème du roman s’inscrive dans une certaine gravité,  il est aussi d’un optimisme éclatant. Les actes d’humanité et de bravoure agissent comme des bulles de liberté et d’espoir dans le récit.

Il sera beaucoup question de pas dans ce roman, pas de coté, pas chassé, pas de géant. Dès l’incipit du roman, Sébastien Spitzer nous invite à le suivre avec l’intuition qu’il y a aura du beau dans le noir.

« Un pas. Une pierre. Un chemin de poussière. Un printemps qui bourgeonne. Au fond bruit un torrent. »

Ces premiers mots qui évoquent la renaissance, la force de la nature et de la vie ont fait écho en moi à la chanson « Les eaux de mars » adapté par Moustaki d’une chanson portugaise très bossa nova. Elle est reprise entre autre dans une version jazz par Stacey Kent que j’affectionne particulièrement et dont on sent toute la gaieté.

Avec les destins croisés de ses personnages, les lettres d’un père qui voyage au delà de la mort de celui-ci pour faire éclater une vérité honteuse, la suprématie artificielle de Magda Goebbels, la lutte de survivants, l’auteur multiplie les points de vue ce qui a pour effet de laisser le lecteur maître de ses émotions et surtout de ne ressentir aucun jugement. Il aurai été si facile de montrer un sentiment de revanche haineuse ou de condescendance mais ce n’est pas le cas. Je pense qu’il s’agit d’un héritage du métier de journaliste que le primo romancier a longtemps exercé avant de se lancer dans l’écriture.

Sébastien Spitzer signe une fresque romanesque et historique, bouleversante, empreinte de cette humanité folle où l’espoir ne quitte cependant pas le lecteur. Avec un véritable talent de conteur et de passeur il emmène loin, de part et d’autre de l’horreur pour apprivoiser les errances (extra)ordinaires d’hommes et de femmes en quête d’une autre vie.

Un premier roman orageux et lumineux qui vous poursuivra longtemps après la lecture.

Présentation de l'éditeur : "Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, 
la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants 
dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse 
s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se 
retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste 
régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.
 Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur 
un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi 
ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et 
silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un 
rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard 
Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie 
d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.
 Elle aurait pu le sauver.
 Elle s’appelle Magda Goebbels."

Sébastien Spitzer, Ces rêves qu’on piétine, Éditions de l’Observatoire, août 2017, 304 pages, 20 euros

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