Yoko Ogawa : « Parfum de glace »

Yoko Ogawa

Présentation de l'éditeur: "A la mort de son compagnon, Ryoko réalise qu’elle ne savait rien de lui. Le jeune homme s’est suicidé dans son laboratoire de parfumeur, où il créait des fragrances exceptionnelles en combinant son incomparable mémoire olfactive à ses capacités scientifiques. Sur les lieux du drame, Ryoko trouve une disquette contenant quelques phrases énigmatiques. Incapable de faire le deuil de cet homme étrange, elle part à la rencontre de son passé.
 Entre réel et imaginaire, symbolique et inconscient, Yoko Ogawa atteint ici le coeur des êtres, la source de leur mémoire, pour exprimer l’indicible douleur de vivre."

Yoko Ogawa est une auteure japonaise à l’univers particulier et incomparable. Une fois que l’on a découvert son style vif et précis associé à une manière si particulière d’exprimer la pire des choses dans un murmure, on ne peut plus s’en passer! Ici, la narratrice, Ryoko, cherche à comprendre les raisons du suicide de son compagnon, Hiroyuki, créateur de parfums.

« – Toi, évidemment, tu as l’odeur de quelqu’un qui écrit.
– C’est désagréable ?
– Non, au contraire. À la base, il y a le papier. Des cahiers remplis de mots qui se bousculent. D’épais dossiers conservés dans un coin de bibliothèque. Une librairie presque déserte en fin d’après-midi. Avec un mélange de gomme et de mine de crayon.
– Tu connais tout de suite le métier des gens que tu rencontres pour la première fois ?
– Ça dépend. […]
– On dirait un diseur de bonne aventure.
– Mais non. Je ne peux pas prédire l’avenir. Le parfum est toujours dans le passé, vois-tu. »

Pourquoi Hiroyuki ne lui a-t-il jamais dit la vérité sur lui-même ? Pourquoi ne s’est-il jamais ouvert à elle de son don extraordinaire pour les mathématiques, en particulier ? Dès son enfance il avait participé à des concours internationaux qui lui avaient valu une gloire précoce : capable de résoudre en un clin d’œil des problèmes sur lesquels butaient les membres des jurys, tous professeurs d’universités émérites. Il arrivait, apprend-on, que l’enfant rendait sa copie alors que ces derniers n’avaient pas encore surmonté les difficultés du seul énoncé. Quel rapport entre celui qu’elle a aimé et ce génie ? Ryoko cherche à faire coïncider deux portraits : celui que la mémoire des autres reconstitue peu à peu pour elle et celui que sa propre mémoire tâche à reconstituer à mesure, en lui faisant revivre des moments forts de sa liaison avec le disparu. Ainsi se rend-elle à Prague, sur les lieux du dernier concours auquel participa Hiroyuki. Quel incident s’est en effet produit là-bas, expliquant le retour précipité du garçon au Japon ? Est-il possible qu’il ait échoué à cette épreuve-là?

« Nous étions là seuls tous les deux, alors qu’il y avait tant de livres. Il me semblait que tout un tas d’entre eux n’auraient plus jamais l’occasion d’être tenus en main et ouverts. J’avais l’impression que si je tendais l’oreille je pourrais les entendre ronronner dans leur sommeil. Je marchais lentement pour ne pas déranger les couches de temps accumulées. »

Partie d’un événement somme toute assez conventionnel, Yôko Ogawa guide son lecteur d’une voix toujours feutrée dans une réalité irréelle. Un très beau moment de lecture qui dépossède des souvenirs des vivants et des morts.

Yoko Ogawa, Parfum de glace, Babel, juin 2004, 304 pages, 8,70 euros

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