Il est des livres qui marquent à vie. Celui-ci est de ceux-là, sans l’ombre d’un doute.
Il l’est pour deux raisons. La première c’est par le choix même du sujet, un groupe de jeunes gens qui souhaitent ouvrir une bibliothèque secrète à Daraya en Syrie alors que la guerre fait rage. Le deuxième c’est grâce à la juste distance qu’occupe Delphine Minoui par rapport à son sujet.J’ai lu ce livre dans le cadre du Grand Prix des lectrices ELLE 2018, il a sélectionné dans la catégorie document pour le mois de février.

« Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d’instruction massive. »

Sauver le monde et les âmes grâce aux livres, l’idée ne peut être que suivie et largement répandue, mais là où cela prend une dimension particulière c’est lorsque la vie des emprunteurs et des bibliothécaires est mise en danger par le contexte quotidien du siège de la ville de Daraya, bombardée, isolée, brisée par le pouvoir. Delphine Minoui rend compte de son enquête effectuée grâce à internet. Elle rend compte non pas à la manière d’un journal, mais avec le recul des derniers événements survenus. Peu à peu, les contacts deviennent de vraies personnes, la distance ne se mesure plus en kilomètres mais en crainte de les perdre.

La sobriété du texte, son épure rendent chaque mot plus fort. C’est aussi dans les silences que l’on devine l’indicible, l’horreur, la peur.

« Si nous lisons, c’est avant tout pour rester humain. »

Mais ce livre n’est ni triste ni déprimant, il est empreint de cette volonté de résister, de comprendre, de se battre pour ses idéaux de liberté. Quand « L’alchimiste » de Paulo Coehlo ou la musique d’Amélie Poulain sont évoqués c’est avant tout pour l’espoir, l’optimisme d’une vie différente, la possibilité d’un futur différent.
Il faut mettre ce livre entre toutes les mains pour la formidable force de changement qu’il insuffle à chaque ligne.

Présentation de l'éditeur : "De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville. Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd'hui d'étouffer. Ce récit, fruit d'une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature."

Delphine Minoui, Les Passeurs de livres de Daraya, Seuil, septembre 2017, 160 pages, 16 euros

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